Grand Corps Malade, l'enfant de Saint-Denis devenu star du slam

Grand Corps Malade, l'enfant de Saint-Denis devenu star du slam
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Grand Corps Malade, l'enfant de Saint-Denis devenu star du slam - © Tous droits réservés

Quinze ans déjà que Grand Corps Malade est sorti de l’anonymat. La figure de proue du slam français a entre-temps élargi ses horizons aux mondes de l’édition et du cinéma. Alors que sort son septième album, " Mesdames ", il revient sur son incroyable trajectoire dans Hep Taxi !

La Seine-Saint-Denis, au nord-est de Paris. Banlieue remuante décriée par les médias, l’un des pôles du hip hop français qui a vu naître NTM dans les années 90. C’est le fief natal de Grand Corps Malade, au civil Fabien Marsaud. Ce fils d’une bibliothécaire et d’un édile local y a vécu jusqu’à ses 35 ans. De quoi façonner l’homme en profondeur. "C’est une chance incroyable d’avoir grandi dans un milieu certes populaire, mais surtout dans un milieu très cosmopolite. Si tout le monde a la même enfance que moi, je te jure, personne n’est raciste", rapporte-t-il. Sa ville, il a à cœur à la défendre même s’il vit aujourd’hui à Paris, avec femme et enfants.

L’accident déclencheur

L’adolescent y pratiquait le foot, l’athlétisme et le basket dont il était mordu au point d’envisager une carrière de joueur professionnel. Quinze jours avant ses 20 ans, le 16 juillet 1997, lors d'une colonie de vacances qu'il anime, un mauvais plongeon dans une piscine à moitié vide anéanti ses plans. Après trois mois de coma, Fabien se réveille tétraplégique incomplet, l'obligeant à revoir la copie de sa vie. "Là, tu te rends compte qu’il n’y a plus rien qui bouge. Ni les mains ni les jambes. Donc tu te dis : c’est la merde ! ". Hors de question d’abandonner ce combat vital. "J’ai géré d’énormes frustrations. Des trucs, vous n’avez pas idée", confie Grand Corps Malade qui retrouvera l'usage de ses jambes au terme d’une année de rééducation. "Une récupération centimètre par centimètre. Un travail de fourmi" pour retrouver son autonomie. Exit le basket. Forcement. Il troque donc le ballon contre le stylo à bille.

Cet orfèvre des rimes a découvert le slam par hasard en 2003, en accompagnant un ami au Théranga, un petit bar parisien près de la place de Clichy. Un mois plus tard, Fabien prend le pseudonyme de Grand Corps Malade en référence à son handicap et à sa taille de géant. 1m 97, tout de même ! Et y présente son premier texte intitulé Cassiopée évoquant son accident. Après quoi, il écume de nombreuses scènes slam aux côtés du collectif 129H et de John Pucc Chocolat et crée "Le Cercle des poètes sans intrus", un groupe de 7 slameurs. Sa notoriété grandissante l’amène à faire les premières parties de Cheb Mami, d’Eric et Ramzy ou encore d’Elie Semoun.

De "Midi 20" à "Mesdames"

En 2006, Grand Corps Malade sort son premier opus, Midi 20 qui le révèle au grand public. Triple disque de platine, l’album s’est écoulé à 600.000 exemplaires et lui vaudra deux Victoires de la musique en 2007. Adoubé par la profession, il multiplie dès lors les collaborations musicales d’Aznavour à Ibrahim Maalouf en passant par Francis Cabrel. Notre invité semble particulièrement apprécier les duos. Pour son album Il nous restera ça, Grand Corps Malade a convié dix chanteurs dont Véronique Sanson, Renaud, Jeanne Cherhal, Hubert-Félix Thiéfaine, Luciole, LEJ, Ben Mazuré. Mais aussi le romancier Erik Orsenna, le conteur Fred Pellerin et l'acteur Richard Bohringer.

Son nouvel et septième album, Mesdames, ode aux femmes parue en septembre dernier, rassemble, lui, dix interprètes féminines parmi lesquelles Louane, Suzanne ou Laura Smet. Sans oublier Camille Lellouche. Leur duo Mais je t’aime s’est révélé être le tube de l’été. Pas moins de 30 millions de vues sur YouTube, s’il vous plait ! Notons que le poète urbain est également parolier pour Feu Johnny, Line Renaud, Céline Dion, Calogero, I Murvini, Dionysos ou le rappeur Kery James.

Du slam au 7e art

Non content de composer et de slamer, Grand Corps Malade s’est également lancé avec succès dans le cinéma. D’abord en qualité de doubleur. Il a prêté sa belle voix grave au personnage de Rictus dans le film d’animation Toy Story 3 (2010) et à celui de Joe dans Jack et la mécanique du cœur de Mathias Malzieu. Ensuite, comme scénariste et réalisateur. Avec Mehdi Idir, Fabien Marsaud signe en 2017, Patients qui n’est autre que l’adaptation cinématographique de son livre autobiographique éponyme publié cinq ans plus tôt aux Éditions Points. Cette première comédie dramatique racontant son expérience en centre de rééducation a été nommé quatre fois aux césars dont celui du meilleur film.

Porté par cet accueil chaleureux, les deux réalisateurs ont rempilé en 2019 avec La vie scolaire. À travers ce second long-métrage, l’artiste aborde un thème qui lui est cher, l’enseignement à deux vitesses. Celui dont les textes sont étudiés en classe organise aussi des ateliers slam dans les écoles, les prisons et même les maisons de retraite. "La vanne, c’est un art de vivre. Ça aiguise l’esprit vraiment", affirme ce fin pédagogue. Hyperactif Grand Corps Malade ? Affirmatif. D’utilité publique, assurément !

Retrouvez Grand Corps Malade ce dimanche 18 octobre à 20h40 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et bientôt sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi !

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