Gérard Lanvin refait le monde en chansons

A 70 ans, la grande gueule du cinéma français s’est lancée dans la chanson en famille. Alors que son album, Ici-bas sortait le 21 mai dernier, il met sa carrière à l’écran sur pause, le temps d’une tournée digne d’une rock star. Hep Taxi l’a rencontré.

Il suffit parfois d’un mot pris au vol pour que naisse une aventure inédite. " C’est les autres qui vous les provoquent, les premières fois. Moi, j’aurais jamais pensé à essayer de faire ça. Je ne m’estime pas chanteur " déclare Gérard Lanvin. Tout a commencé lors d’un dîner de famille où la politique et le cours du monde ont enflammé les conversations. Comme souvent chez les Lanvin. Son fils aîné, Manu, lui suggère de sortir ses carnets de notes en vue d’en faire un disque. Aussitôt dit. Aussitôt fait. Le fiston, producteur et guitariste de haut vol, notamment pour Quincy Jones et Feu Johnny, se charge de la réalisation d’Ici-bas, un album coup de poing flinguant les inepties de notre société.

Un premier disque, des expériences préalables

C’est l’album d’un mec qui a de l’espoir et qui demande aux gens : "  Putain ! Réfléchissez, quoi. Il y a un monde meilleur à vouloir pour nos enfants, pour nous-même. " clame-t-il à raison. Réputé pour ses coups de gueule légendaires qui lui ont valu bien des inimitiés, Gérard Lanvin a toujours couché ses pensées sur papier. Quand il ne glanait pas des formules chocs çà et là. Tantôt aux comptoirs des bistrots ou tantôt auprès de chauffeurs de taxi gouailleurs dont Coluche faisait ses choux gras. Ces deux-là ont été copains comme cochons, colocataires et partenaires de jeu, fin des 70. C’est Coluche l’a introduit au cinéma . D'abord, une apparition dans L’Aile ou la cuisse puis, un premier petit rôle dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine en 1977.

L’acteur, qui a très tôt fantasmé sur la vie de musicien et cultivé la rock & roll attitude, avait chanté en duo avec Paul Personne en 92 sur Vagabondage issu de répertoire de ce dernier. Une première expérience musicale suivie en 2009 sur scène par 5m2, en tandem avec Feu Calvin Russel dont le dernier album du bluesman fût produit par Manu Lanvin. Et Gérard de souligner : " C’est pas rien pour les gens qui connaissent le blues. Pour nous, c’est un Dieu ! "

L’école de la vie sinon rien

J’ai dit à mon père : " le bac ne servira à rien pour moi. Je vais aller dans l’aventure humaine. J’avais un grand-père forain. J’avais une attirance pour cette vie-là. La vie que je vis aujourd’hui, c’est la vie du rock & roll, finalement " résume Gérard Lanvin. Aussi, ce fils de commercial à l’enseigne Aux 100.000 chemises décide de vendre de la fripe américaine sur les marchés. Et de préciser : " C’était vraiment un métier que j’adorais ". 

Aux puces de Saint-Ouen, il a notamment pour clients, Coluche et Martin Lamotte. Le premier, à qui il fourgue la fameuse salopette rayée emblématique " a changé mon histoire (…) Il me présente à peu près tout le monde. Tous les camarades du café-théâtre ". Le second l’embarque dans la création de La Veuve Pichard, devenu aujourd’hui Le Point-Virgule. Lanvin y fera ses premiers pas scéniques en 1976. " Ce métier me plaît parce qu’il y a une troupe. On écrivait des choses ensemble. On fabriquait nos décors, nos costumes. C’était une émotion absolue en commun " nous raconte-t-il.

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Gérard Lanvin © MARTIN GODFROID

L’ascension fulgurante au cinéma

En 1980, Gérard Lanvin endosse le rôle principal d’Extérieur Nuit de Jacques Bral. Le directeur photo du film, Pierre-William Glenn le recommande à Bertrand Tavernier qui l’engage dans la foulée sur Une semaine de vacances aux côtés de Nathalie Baye. Ca commence fort. L’année suivante, l’acteur reçoit le prix Jean Gabin pour Une Étrange affaire de Pierre Granier-Deferre qui lui vaut également une nomination au César du meilleur second rôle 82. Dès lors, il tournera avec les stars des années 80 : Depardieu, Lambert, Giraudeau. Avec Tir groupé, il est en lice pour le César du meilleur acteur. Le graal en terme de popularité reste cependant à venir. Tout comme les trophées.

Grâce à Patrick Deweare qui s’est désisté au profit d’Édith et Marcel de Claude Lelouch, Gérard tourne Le Prix du danger (1983) d’Yves Boisset. Suivront Marche à l’ombre, succès colossal à plus de six millions d’entrées, de et avec Michel Blanc. Mais aussi Les Spécialistes en tandem avec Bernard Giraudeau dont il dit : " Ce film, j’en ai chié parce que j’ai le vertige, moi. Bernard, c’était un grimpeur. Un putain de sportif ! " Pour incarner ces deux personnages antinomiques en cavale, les interprètes ont du se plier aux lois de la haute voltige tutoyant des falaises abruptes, cernés par le vide.

A l’arrière du taxi, Gérard, l’ami fidèle, rend un vibrant hommage à Dewaere et Giraudeau, ses deux amis trop tôt disparus. Non sans épingler le tournant signifiant de sa carrière avec un soupçon d’amertume : " C’était une époque bénite parce que quand tu te retrouves dans deux énormes succès populaires, les gens te considèrent autrement. Ceux qui ne disaient jamais bonjour te font des gros sourires. C’est un gros métier de putes, en fait ". Lucide et entier, notre invité ! C’est pourquoi, Gérard Lanvin est parti s’installer à La Baule, loin des mondanités qu’il fuit comme la peste. Pas très raccord avec les soirées de galas, cet oiseau -là : " Je suis un homme qui aime pisser dehors. J’ai mes chiens, mes poules. Je mange mes œufs. Je m’adapte à une vie que les gens fantasment aujourd’hui. Mais qui au départ, les a fait penser que j’étais un crétin d’aller habiter à la campagne ". 

Les lauriers tardifs

Lorsqu’il remporte le César du meilleur acteur en 1995 pour Le Fils préféré de Nicole Garcia, il zappe la cérémonie. Idem en 2000, lors de la remise de son César du meilleur second rôle pour Le Goût des autres d’Agnès Jaoui. Deux films majeurs dans sa filmographie qui ont ravivé sa passion de jouer alors qu’il se désespérait de trouver des personnages haut en couleurs en regard des scénarios navrants dont on l’a abreuvé.

Gérard Lanvin fonctionne principalement aux coups de cœur. Pas besoin d’enchaîner les tournages pour exister. Si l’acteur se donne le temps, parfois cinq ans entre deux films, c’est que la vraie vie l’appelle. Et à l’écouter parler des siens et de ses amis du métier (Si si, il en a ), on mesure l'éthique, la grandeur et la profondeur du personnage. A travers cette promenade bruxelloise, riche en émotions, l’homme se révèle comme rarement dans les médias. Ne manquez pas ça !

Retrouvez Gérard Lanvin, ce dimanche 19 septembre, à 20h40 sur La Trois et en replay sur RTBF Auvio !

 

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