Ça plane toujours autant pour Plastic Bertrand

À 66 ans, Plastic Bertrand est toujours aussi speedé, exubérant et spontané. Cash, il l’a toujours été. Que ça plaise ou non d’ailleurs. En 40 ans de carrière, "On m’a tout fait déjà", affirme-t-il avant de préciser sans se victimiser : "Je choisis ce que je fais. J’assume. Et j’en ai vraiment pris plein la gueule ! Mais pour moi, c’est rien par rapport à tout l’amour que j’ai reçu." Son public est aujourd’hui encore, au rendez-vous. "Si je fais une dizaine d’albums et que je continue à tourner, c’est qu’il y a des gens qui achètent mes disques." Et vlan, dans les dents des mauvaises langues !

Émotionnellement blindé, artistiquement précoce

Médisance et mépris ont peu de prises sur lui. C’est que Roger, le cadet et cinquième rejeton de la famille Jouret est solidement ancré. Celui qu’on appelait dans l’intimité, "le Petit Prince" a connu une enfance particulièrement heureuse. Il a aussi toutes les raisons de relativiser en regard de ses parents marqués par la Seconde Guerre mondiale, l’exil et les camps de travail en Allemagne.

Son père, prisonnier militaire français et sa mère, une ukrainienne déportée par les nazis s’y sont rencontrés. Quelques regards énamourés échangés à travers les fils barbelés et le futur couple scelle à l’aveugle son destin. Ils s’évadent de cet enfer liberticide, un soir de débâcle, pour rejoindre Bruxelles à vélo, au hasard des chemins. Mais derrière l’épopée romantique subsiste des traces indélébiles. Aussi, rapporte notre invité : "Depuis tout petit, on m’a dit : "il faut que tu te fondes dans la masse."" La recommandation parentale fut prise à contre-pied car "cette envie d’exister, elle vient de l’interdiction totale quand j’étais gosse."

Ce feu follet bondissant a commencé à se démarquer dès ses 8 ans. Passionné par la musique, le gamin qui tapait sur des casseroles jusqu’à ce qu’on lui offre un tambour, monte son premier groupe chez les scouts. Précoce le garçon ! Dans cette tribu où on ne roulait pas sur l’or, "j’avais ce devoir d’être le meilleur. Je savais que je devais prouver au monde entier que je savais faire quelque chose". Et pour le coup, l’élève modèle diplômé de l’athénée Adolphe Max frappe fort. Et pas vraiment là où on l’attend. Plastic adhère au mouvement punk et crée les "Hubble Bubble" où il officie comme chanteur et batteur. Un premier album éponyme et le groupe se dissout. 

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Ça plane toujours autant pour Plastic Bertrand © Tous droits réservés

Un hit planétaire, passeport pour le showbizz

En 1977, le journaliste rock Bert Bertrand met au défi le producteur et interprète Lou Deprijck d'enregistrer la première chanson punk francophone. Ce sera "Ça plane pour moi". Lou, qui n'a pas vraiment le look ad hoc propose un contrat d’interprète à Plastic Bertrand qui en jette du haut de ses 23 ans. Ce dernier est alors propulsé sur les scènes du monde entier. Le tube, désormais planétaire, demeure la chanson francophone la plus connue au monde et s’est classée au Billboard américain en 1979. Ce qui fait de Plastic, le quatrième artiste francophone et le second belge après Sœur Sourire à figurer dans la bible musicale.

Devenu un classique, "Ça plane pour moi" a notamment été repris par Telex, Sonic Youth, Nouvelle vague, U2, Metallica, Sting ou encore Robbie Williams. Le tube s’est également invité dans la pub et au cinéma en tant que bande originale du film Rock’n Roll (2017) de Guillaume Canet, du Loup de Wall Street de Martin Scorsese (2013) ou encore comme chanson-phare de Microbe et Gasoil (2015) de Michel Gondry. Un tel succès ne pouvait que susciter des convoitises pécuniaires.

Et c’est là que la paternité de la chanson entre en jeu. Qui de Lou Deprijck ou de Plastic Bertrand en est l’interprète ? La polémique a duré trois décennies ! Au terme de trois procès dont deux en faveur de Plastic, la justice a finalement reconnu en 2010, Deprijck comme la voix du tube. Lorsque Plastic Bertrand déclare à Jérôme Colin : "la notoriété, c’est surtout des emmerdes. Non ?", on comprend mieux. 

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La musique et bien plus encore

Réduire l’homme pesant vingt millions d’albums à un seul titre, aussi phénoménal soit-il, serait quelque peu réducteur voire cavalier. L’artiste formé aux percussions classiques au Conservatoire Royal de Bruxelles connait la grande musique. Sinon il n’aurait pas collaboré à plusieurs reprises au cinéma avec le compositeur Vladimir Cosma, ni signé personnellement la B.O du film Le Bénévole (2007) de Jean-Pierre Mocky dans lequel il joue aux côtés de Michel Serrault. Outre ses quelques apparitions cinématographiques, Plastic a enfilé le costume de producteur notamment pour la claveciniste et organiste contemporaine Turque, Leyla Pinar ou encore le chœur Kazansky et sa musique traditionnelle des Balkans.

Précurseur de la New Beat, il signait en 1988, l’album Slave to the Beat estampillé disque d’or. Et ce juste après avoir représenté le Luxembourg au Grand Prix de l'Eurovision sans grand succès. Vingtième sur vingt-deux, peut mieux faire... Durant les années 80, sa folle énergie adjointe à son sens inné du show font de lui un animateur plébiscité par toutes les chaînes de télévision publiques francophones. Même la RAI 2 l’a embauché. Faut dire qu’à l’époque, le loustic installé à Milan captivait des millions d'Italiens avec un roman-photo dont il était la star. Last but not least, cet amateur d’art contemporain fut par ailleurs galeriste en s’associant avec Pierrette Broodthaers, la fille du plasticien surréaliste.

Plastic Bertrand qui enchaîne depuis quatre ans les tournées de "Stars 80", sort à présent son dixième opus, "L’Expérience humaine". Un album bien nommé puisque motivé par son immense curiosité pour ses semblables. "Ce que j’aime c’est bouger et rencontrer des gens que je ne connais pas. L’un des intérêts du boulot, c’est principalement ça. Pourquoi à 500 km de chez toi, on vit vraiment différemment. Ça, ça me passionne." Bien moins désinvolte qu’il n’y paraît notre Plastic Bertrand national !

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Retrouvez Plastic Bertrand ce dimanche 25 octobre à 20h40 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et bientôt sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi ! 

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