Benoît Delépine : entre facétie et audace

Benoît Delépine : entre facétie et audace
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Benoît Delépine : entre facétie et audace - © Tous droits réservés

La carrière de Benoît Delépine est indissociable de celle de son éternel complice Gustave Kervern. Presque deux décennies et neuf longs métrages que ça match entre eux. Covid oblige, les deux compères n’ont pas pu partager la banquette arrière d’Hep Taxi ! Resté à quai, Kervern ne paie rien pour attendre. C’est Benoît Delépine qui embarque le premier.

S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer tant leur cinéma est réjouissant. Les deux réalisateurs y subliment les losers magnifiques, les fous et autres déclassés de notre société. Ils restaurent ces vies écrasées par ce monde sans pitié. Mais toujours avec cet humour burlesque dont ils sont coutumiers. Et c'est sur Canal+ que Benoît Delépine a affûté sa fantaisie débridée au début des années 90.

Les années Canal

Après avoir été rédac chef du magazine Création lancé par Thierry Ardisson, Benoît Delépine est engagé comme journaliste pigiste sur la chaîne cryptée qui l’invite à repenser Les Arènes de l’info. Naîtront Les Guignols de l’info où il officie également comme coauteur. Excusez du peu ! Cinq ans plus tard, il crée avec Jules-Edouard Moustic et feu Christophe Salengro, l’émission culte Groland. L’un, si pas le premier bastion télévisuel de l’humour noir et du mauvais goût revendiqués. Dans cette fiction politique subversive construite autour d’un pays imaginaire, Delépine prêtait ses traits à Michael Kael, le pire reporter qui soit.

Ce personnage haut en couleurs, il l’incarnera sur grand écran dans Michael Kael contre la World News Company dont il a écrit le scénario sans signer sa réalisation. Le film fait un bide. C’est un échec cuisant pour ce facétieux frondeur qui retrouvera l’envie faire du cinéma grâce à Gustave Kervern. Ce dernier était alors chroniqueur sur l’émission rock Le Plein de Super. Benoît Delépine s’en souvient comme si c’était hier : "voir cet escogriffe mi-clochard, mi-alcoolo, mi-punk en train de sa balader avec un carton pour faire du stop un peu partout, déjà, il me faisait rire quoi qu’il arrive". Mais c’est au Festival de Cannes qu’ils se rencontreront vraiment.

De la télévision au septième art

Quelques soirées cannoises mémorables copieusement arrosées, dont une où Gustave a failli se noyer dans un verre de Pastis géant, ont scellé leur amitié. "Tous les deux, on s’est tellement marrés. De ce qu’on faisait dans la vie, chaque journée devenait un film", confie Benoît. Raison de plus pour enfin passer derrière la caméra. Le duo réalise la série Don Quichotte de la révolution influencé par notre entarteur national, Noël Godin qui leur a fait découvrir les auteurs anarchistes. "Moi, j’étais sur une vieille moto espagnole et Gustave, ‘Sancho Panza’, me suivait sur sa mobylette de livreur de pizzas. Et on allait à l’assaut des grandes firmes", précise Delépine.

Humour caustique, surréalisme et trame sociale. Le corpus de leur art est déjà là. En 2004, ils tournent leur premier long métrage, Aaltra. Ce road movie en fauteuils roulants dont ils sont les protagonistes les emmène jusqu’en Finlande à la rencontre du cinéaste Aki Kaurismaki également au casting du film. Pour le second, Avida (2006), ils embauchent la chanteuse Isia Higelin, fille du grand Jacques, le réalisateur Claude Chabrol, Albert Dupontel ou encore Bouli Lanners. On retrouve ce dernier aux côtés de Yolande Moreau dans Louise Michel (2008) primé pour son scénario au Festival de Saint-Sébastien et pour son originalité, au Sundance Festival.

Mammuth (2010), lui, transfigure Gérard Depardieu en pré-retraité enfourchant sa moto, crinière folle au vent, pour récupérer ses maigres fiches de paie aux quatre coins de la France. Pour le rôle principal de Near Death Experience, les réalisateurs ont débauché l’écrivain Michel Houellebecq qui campe un cycliste suicidaire plus vrai que nature. Un tournage dont Benoît Delépine nous racontera les coulisses. Que dire de celles du Grand soir (2005) porté à l’écran par Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde ? A part qu’elles valent leur pesant d’or comme vous le constaterez à travers les anecdotes révélées dans ce numéro d’Hep Taxi !

Dans leur filmographie, n’oublions pas I Feel Good avec Jean Dujardin dans la peau d’un vendeur de chirurgie esthétique pas catholique. Mais aussi Saint Amour réunissant ces deux monstres sacrés que sont Depardieu et Poelvoorde. Encore eux ! Forcément, Kervern et Delépine aiment s’entourer d’une famille d’acteurs qui le leur rendent bien. Quitte à revoir à la baisse leurs émoluments. Autant dire que ça veut tout dire.

Le nouvel opus des deux loustics, Effacer l’historique révèle les talents d’actrice de Blanche Gardin. L’humoriste donne la réplique à Corinne Masiero, héroïne de la série Capitaine Marleau et à Denis Podalydès. Cette satire épinglant les usages et les dérives du monde numérique a raflé l’Ours d’Argent à la Berlinale en février 2020.

Retrouvez Benoît Delépine ce dimanche 27 septembre à 20h40 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi !

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