« Traverser » : espoirs et tourments d’un jeune Ivoirien en Europe

Ce documentaire nous offre un témoignage sensible et nécessaire sur la question migratoire à travers le parcours de Touré Inza Junior. Il a survécu à la traversée. Venant de Côte d’Ivoire, il vit en Italie mais il rêve de la France et est prêt à tout faire pour s’y rendre. Après son film " Vivre riche ", le réalisateur Joël Akafou signe, une nouvelle fois, un film percutant sur les espoirs des jeunes Africains.  Nous l’avons rencontré.        

" Traverser ", un documentaire à voir le samedi 27 mars à 23h15 dans Fenêtre sur doc sur La Trois et à revoir sur Auvio jusqu'au 25 juin !

Grand Prix au Festival Entrevues de Belfort en 2020, ce documentaire est le regard percutant d’un réalisateur ivoirien sur la politique migratoire en Europe. 

Après son film Vivre riche tourné à Abidjan, le réalisateur Joël Akafou a retrouvé un de ses protagonistes, Junior, en Europe. Il a traversé le désert, la Lybie et a survécu à la traversée de la Méditerranée. Et survivre est le juste mot quand on sait que rien qu’entre juin 2019 et fin 2020, plus de 2.600 décès en Méditerranée ont été comptabilisés par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Après la traversée, Junior s’est retrouvé en Italie où il vit dans un centre pour demandeurs d'asile. Mais il rêve d’aller à Paris et d’y rejoindre Aminata, sa petite amie, qui a pris la route, elle aussi, de l'Europe. Mais le chemin n'est pas si facile. Avec ce film, le réalisateur nous donne à comprendre le désespoir de ces jeunes qui quittent l’Afrique ; il nous plonge dans leur quotidien où se jouent et se déjouent les espoirs d'une vie meilleure.

Rencontre avec le réalisateur Joël Akafou

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Joël Akafou © Tous droits réservés

Après votre film " Vivre riche " tourné à Abidjan, en quoi était-ce important pour vous de raconter la suite du parcours de Junior ?

C'était très important pour moi, je dirais même primordiale de faire la suite avec ce personnage qui reflète en grande partie la jeunesse ivoirienne. Passer du mal au pire voici le symbole qu'incarne la vie de Junior qui est pareil à celle de milliers de jeunes ivoiriens ; une jeunesse en quête de repères sociaux, de cadre de vie sains où les droits humains sont respectés voilà les messages que véhiculent pour moi cette suite.

Ces jeunes sont prêts à mourir sur la mer en essayant d'atteindre l'Europe plutôt que de mourir en essayant rien

Dans quel état d’esprit les jeunes quittent-ils la Côte d’Ivoire ? Craignent-ils les difficultés qui les attendent en Europe ?

Les jeunes qui quittent la Côte d'Ivoire partent à la rencontre de l'idéal que leurs pays respectifs ne peuvent leur offrir. Ils préfèrent tous affronter les difficultés en Europe que celle de leurs pays qui, depuis des décennies, n'améliorent pas leurs conditions de vie.  Ces jeunes sont prêts à mourir sur la mer en essayant d'atteindre l'Europe plutôt qu'à rester les bras croisés et mourir en essayant rien.

Comment expliquez-vous votre titre ? " Traverser " à la fois pour " traverser la mer " et " traverser les épreuves " ?

Dans le film, nous avons certes la traversée de la méditerranée et du désert mais nous avons un personnage qui est en perpétuel mouvement, à la recherche d'une terre promise. Je l’ai appelé " Traverser " car pour ce personnage les frontières n'existent pas il est libre de TRAVERSER, il est citoyen du monde et il se doit d'aller là où il se sentira bien. Après, comme tout homme, il traverse les épreuves qui alimentent son quotidien à le rendent unique.

Votre film est plein d’humour malgré la galère, vous teniez à garder une certaine légèreté ?

La seule chose qu'on ne peut arracher aux pauvres, ce sont leurs rêves. Ces pauvres jeunes garçons ont encore la vie alors ils croient toujours à leurs rêves. Malgré la galère, ils espèrent un jour avoir un lendemain meilleur et cela est clair dans leur tête alors il faut toujours garder le sourire et la bonne humeur. Cette mentalité est le propre de l'Ivoirien qui peut se permettre de rire sur une tombe après avoir coulé des larmes. Moi-même j'adore l'humour car comme le disait le poète français Chamfort : "la plus perdue de toutes les journées de l'Homme est c'est celle où l'on n’a pas ri".

Qu’avez-vous envie que le téléspectateur, ici en Europe, retient avant tout de votre film ?

Je n’ai pas envie que le téléspectateur européen retienne des choses contraires aux téléspectateurs africain, américain ou asiatique. J’ai envie que chaque téléspectateur s'approprie l'histoire de l'humanité et essaie de l'améliorer au travers de ses actes envers l'autre qui n'est que son miroir malgré nos différences.

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