"Sous le nom de Tania" : un documentaire qui nous plonge dans l'enfer de la prostitution au Pérou

"Sous le nom de Tania"
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"Sous le nom de Tania" - © Tous droits réservés

Cette semaine dans Fenêtre sur doc, Caroline Veyt nous propose un film très original qui raconte le destin de Tania, une adolescente forcée à se prostituer dans la région des mines d'or du Pérou.

Durant tout le film, la voix de Tania raconte son parcours: de son village natal et les fausses promesses de travail jusqu'aux bars où elle est exploitée sexuellement. En partageant son histoire avec un policier, elle égrène ses souvenirs, son enlèvement et la perte de son identité. Son histoire est loin d’être unique. Mary Jiménez et Bénédicte Liénard se sont basées sur les témoignages de plusieurs jeunes filles pour construire leur personnage. Cela donne un film à la croisée des chemins, entre fiction et documentaire pour évoquer l’enfer de l’exploitation sexuelle. Un film salué sur la scène internationale et qui a remporté, entre autres, le Prix spécial du Jury et de la meilleure photo au FIFF, le Prix du Jury au FIDADOC ainsi que le prix du meilleur long-métrage International au Festival Raindance à Londres. La beauté des images contraste avec la dureté de son récit et l’enfer qu'elle a vécu comme tant d'autres  jeunes femmes.

Sous le nom de Tania " (By the name of Tania) : un film à voir absolument sur La Trois le lundi 27 juillet à 22H25

 

Rencontre avec les réalisatrices Bénédicte Liénard et Mary Jimenez

Comment est née l’idée de ce film ?

Nous travaillons depuis longtemps en Amérique latine et nous avons été interpellées par les histoires entendues sur ces jeunes filles enlevées et prostituées de force. Mais à la source de ce film, il y a surtout notre rencontre avec Ismaël Vasquez, le commissaire de police qui joue son propre rôle dans le film. Il dirige la cellule "disparitions et traite des êtres humains". C’est à partir de dépositions de jeunes filles recueillies par son service qu’est né ce film construit en étroite collaboration avec lui. Il est une figure emblématique au Pérou de la lutte contre la traite des êtres humains. C’est un homme engagé et pour lui, participer à ce film était une manière de conscientiser les autorités politiques au Pérou mais aussi sur la scène internationale. Il travaille avec des moyens très limités. Le sort de ces jeunes filles n’est pas une priorité pour les autorités politiques. Il a beaucoup accompagné les projections du film au Pérou comme outil de sensibilisation.

Le choix d’en faire un film hybride, entre fiction et documentaire, s’est imposé à vous d’emblée ?

Oui, cela n’aurait pas été possible de faire autrement. Cela s’est imposé à nous par les contraintes du sujet mais aussi par une volonté politique en tant que cinéastes de ne pas tomber dans le voyeurisme ni d’exploiter frontalement la souffrance des victimes. Notre volonté était de faire de Tania un sujet qui pense, qui vit, qui peut revisiter son histoire et les mécanismes dans lesquelles elle est tombée. Lydia, qui joue le rôle de Tania, est d’ailleurs une ambassadrice du film.

C'est un film sur l'esclavagisme moderne vécu par tant de jeunes femmes 

Tania est emblématique de bien d’autres jeunes femmes au Pérou mais aussi ailleurs, et c’est aussi cela que vous vouliez raconter ?

Pour nous le film décrit surtout les mécanismes qui opèrent sur la vie des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles. C’est un film sur l’esclavagisme moderne et la servitude que subissent les femmes autour de l’utilisation de leur corps. Ce phénomène existe dans toutes les régions pauvres ou les milieux précarisés, pas seulement au Pérou ou en Amérique Latine, mais partout, y compris chez nous.


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C’est un film très esthétique pour un propos très sombre, vous vouliez jouer avec ces contrastes ?

Le film est un voyage, celui de Tania qui fait une immense traversée, partant des bidonvilles de Iquitos au cœur de la forêt amazonienne pour aller jusque dans les zones aurifères du Pérou. Et filmer ce voyage c’est filmer des paysages, la forêt, le fleuve, la lumière... Cette esthétique naît de ce voyage, elle est au service des sensations. Nous voulions être au plus près de Tania et de sa perception sensorielle. Du sensoriel sans sensationnalisme. Et puis il y a l’immense talent de notre chef opératrice Virginie Surdej qui donne ce film doux au cœur de la violence.

Un film à voir le 27/07 sur La Trois à 22H25 et à revoir sur Auvio. Production : Dérives / Clin d’œil films en coproduction avec la RTBF

Suivi à 23H45 de : Harry Gruyaert, photographe de Gerrit Messiaen

 

 

 

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