Rwanda, un génocide en héritage : ou comment mettre des mots sur les maux

Avril 1994 : c’est le début du génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda. Il laisse derrière lui des traumatismes indélébiles. Aujourd'hui, plus de 25 ans après, une nouvelle génération arrive à l'âge adulte. Enfants de victimes et de génocidaires partagent les mêmes bancs d'école. Avec un courage et une force impressionnantes, ils nous livrent le poids de cet héritage.

" Rwanda, un génocide en héritage, paroles de jeunes " : un documentaire puissant de André Versaille à voir dans Fenêtre sur doc le samedi 10 avril à 23h15 sur La Trois et à revoir sur Auvio

Le film s’ouvre sur une salle de classe. Une institutrice annonce aux enfants le thème de la leçon du jour : le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Cet enseignement est entré dans les programmes scolaires au Rwanda en 1996 déjà. Plus de 25 ans après le génocide qui a fait plus de 800.000 morts, l’État prône la réconciliation nationale. " Nous sommes tous des Rwandais " apprend-on dans les écoles où il ne doit plus être question d’ethnie. En Europe, la question de la responsabilité dans ce génocide est encore bien présente. Un rapport accablant pour la France de François Mitterrand vient encore de voir le jour. 

Au Rwanda, le génocide a laissé des traces et des traumatismes qui ne s’effacent pas. Et la nouvelle génération qui ne l’a pas vécu, l’a reçu en héritage. Ils sont enfants de victimes ou de génocidaires. Ils s’appellent Julien, Jean, Ange, ou encore Serge, François, Agnès et Assumpta. Ils ont entre 16 et 25 ans, ils incarnent cette nouvelle génération rwandaise née avec un génocide en héritage. Fils ou filles de bourreaux ou de rescapés, ils doivent faire face aux traumatismes de leurs parents, souvent à leur silence, et grandissent dans la culpabilité d’un crime et de blessures qui ne sont pas les leurs.

Leurs témoignages sans concession sont d’une force incroyable. Ils nous parlent de leurs questionnements, leurs peurs ou leur envie de comprendre. Comment ne pas être bouleversé par le récit de Jean, 16 ans, fils d’une rescapée tutsi et d’un père génocidaire ? On reste sans voix devant la maturité impressionnante de ce jeune garçon qui raconte sa tristesse quand il voit sa mère pleurer et qui rêve de pouvoir trouver le remède pour soigner ses blessures et son traumatisme.

Comprendre pour sortir du désespoir

Comment ne pas être bouleversé aussi par Agnès, fille d’un couple génocidaire et qui interroge son père pour la première fois. Ou par le récit de Serge, né du viol de sa mère tutsi par un milicien hutu. Il est difficile d’accepter son histoire et d’être issu de cette violence. " Le temps est venu d’assumer cette histoire qui est la nôtre, ce fut un long voyage " dit-il. Comprendre pour sortir du désespoir. C’est ce que tente François quand il interroge sa mère sur le viol qu’elle a subi et dont il est l’enfant. Et c’est bouleversant et poignant là encore.

Derrière l’injonction à la "réconciliation nationale", les violences sont encore présentes dans les regards de ces enfants. Ce documentaire d’une sincérité et intensité rares, nous offre une parole exceptionnelle, celle d’une jeunesse qui renaît des cendres d’un crime génocidaire. Des mots sur les maux impossibles à oublier !

Un film produit par Simple Production et Cinétévé en coproduction avec la RTBF et LCP - Assemblée nationale

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