Rêver sous le capitalisme : ou quand le travail envahit nos songes

En ce samedi premier mai, jour de la fête du travail, La Trois propose ce film percutant de Sophie Bruneau dans lequel des personnes racontent un rêve de travail et décrivent la souffrance qui y est liée. Un film qui en dit long sur la société d’aujourd’hui.

"Rêver sous le capitalisme" : à revoir sur Auvio

Les rêves sont des images parlantes et ont la capacité de dire le monde écrit la réalisatrice Sophie Bruneau. Son inspiration: le livre de Charlotte Beradt intitulé " Rêver sous le IIIe Reich " et qui, à travers des rêves collectés dans les années 30 à Berlin, témoigne de la réalité totalitaire en train de se mettre en place.

Et aujourd’hui… que disent les rêves du monde du travail et de notre époque ? Pour y répondre, douze personnes témoignent, des femmes et des hommes. On ne les voit pas pour la plupart, mais on les écoute, captivé par leur récit d'un rêve lié au travail. Chacun à leur manière, et dans des univers différents, ils racontent puis interprètent le souvenir si précis de ce rêve qui a hanté leur nuit et qui en dit long sur leur souffrance au travail. 

Le stress au travail est un fléau qui touche de plus en plus de Belges. Selon une enquête menée par Solidaris, il concernait 30% des travailleurs en 2012 et 45% aujourd'hui. 

Le film s’ouvre sur de belles images de Bruxelles la nuit. En voix off, un homme raconte ce rêve au cours duquel ses collègues s’étaient transformés en morts vivants cachés dans un ascenseur. Dans la vie réelle, il décrit une entreprise froide, sans chaleur et dans laquelle un drink pour le départ à la retraite d’un collègue après 40 ans de carrière est vue comme une perte de temps. Un peu dans le même ordre, une jeune femme décrit ce bureau entièrement muré, sans fenêtre permettant de voir l’extérieur et qui surgit dans son rêve. Une autre raconte cette scène dans laquelle on l’emmène rejoindre un groupe de collègues emmaillotés dans des bandelettes blanches, réalisant qu’elle aussi allait être bâillonnée et réduite au silence.

On passe d’un rêve à l’autre mis en images de façon poétique. Le son et les images très léchés et souvent de nuit sont très évocatrice : un chantier, une  cafétaria d’entreprise, des bureaux vides, ou encore une foule qui déferle à la sortie d’une gare. Tous ces rêves racontent l’enfermement, l’épuisement, la pression, la peur, le contrôle qui rend fou, la violence ou même la mort. Comme cette employée du secteur de la protection du travail rêvant de ce corps d’un homme victime d’accident du travail qu'on lui avait confié et qu’elle était incapable de porter. Ou cette femme médecin qui raconte ce rêve récurrent durant lequel des personnages miniatures munis d’énormes cuillères se nourrissaient de son crâne.

Tous parlent au-delà d’eux-mêmes, que cela soit un ingénieur, une caissière, une doctoresse, un comptable, un cadre ou une employée. Petit à petit, les rêveurs et leurs rêves décrivent un monde où le résultat et la course au profit sont devenues les valeurs ultimes, au détriment d'une certaine humanité.

Une production Alter Ego Films et Michigan Films en coproduction avec la RTBF / ARTE G.E.I.E / le CBA / La Lucarne et le Fresnoy

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