Que devient-on "Après l'usine" : une question au cœur du documentaire de Maxime Coton

Après l'usine
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Après l'usine - © Tous droits réservés

Pour ce nouveau rendez-vous de Fenêtre sur Doc, Caroline Veyt nous propose un documentaire à la fibre sociale. Dans ce film intitulé "Après l’usine", Maxime Coton suit le voyage introspectif de son père Marc, sur les traces de son passé et de ses anciens collègues d’usine aujourd’hui fermée.

En 2013, Marc Coton perd son emploi suite à la fermeture brutale de l’usine Boël dans laquelle il travaillait depuis plus de 30 ans. Des années plus tard, il part à la rencontre de ses anciens collègues, toujours hanté par des images de son usine et par une question laissée en suspens : "que sommes-nous devenus depuis la fermeture ?” Au gré de ce voyage, Marc, aujourd’hui sans emploi, se confronte autant à son passé qu’à un état des lieux du monde du travail dans une cité autrefois industrielle. Raconté à la première personne, sur un ton volontairement décalé et sur fond de musique de fanfare, ce film aborde la difficile réalité sociale d’une région. À travers ce documentaire écrit à quatre mains, c’est le portrait de toute une région et d’une Histoire qui est dressé.

Un film à voir le 24/08 sur La Trois à 22H25 et à revoir sur Auvio

La vie d’un père ouvrier raconté par un fils

Jusqu’au moment de rentrer lui-même dans la vie active, le réalisateur Maxime Coton ne savait rien du métier de son père ni de l’usine dans laquelle il passait ses journées. Il a voulu comprendre son monde et en a fait un film intitulé "Le Geste Ordinaire" sorti en 2011. Aujourd’hui, près de 10 ans plus tard, l’usine qu’il avait filmée en pleine activité a fermé. D’où l’envie pour Maxime de faire ce deuxième film avec son père, Marc, qui a perdu son travail à 52 ans et qui a été brusquement confronté à la fin de son monde.

Après l'usine : un film de Maxime Coton - Produits par BRUITS asbl en coproduction avec la RTBF.

Suivi à 23H15 de : La grand-messe de Meryl Fortunat-Rossi et Valéry Rosier

Rencontre avec le réalisateur Maxime Coton

Pour vous, "Après l’usine" est une suite logique et incontournable de votre précédent documentaire réalisé sur votre père ?

"Après l’usine" est un film autonome. Outre le fait que l’on puisse le découvrir sans avoir vu "Le geste ordinaire", le propos est très différent. S’il est vrai que mon père est le personnage principal des deux films, la relation père-fils est totalement absente de "Après l’usine". Il s’agit plutôt ici de créer un espace pour que Marc puisse se pencher sur sa propre histoire, et en la racontant avec ses propres mots, puisse donner un sens aux événements (fermeture de l’usine et ses conséquences) qui lui ont été imposés.

Je voulais raconter une histoire partagée par toute une communauté 

Au-delà du portrait de votre père, votre volonté était aussi et peut-être surtout de parler d’un passé révolu et d’une région lourdement impactée ?

Mon père est le prisme à travers lequel raconter une histoire partagée par toute une communauté, une histoire obstruée par le traitement médiatique dominant, et par cette paradoxale proximité qu’en tant que Belges, nous entretenons avec la classe ouvrière. Il est parfois difficile de voir vraiment ce qui est trop proche de nous.  Lors d’un débat ayant suivi une projection du film, une spectatrice a pris la parole pour expliquer que c’était l’histoire de son mari à laquelle elle venait d’assister. Elle s’est ensuite tournée vers lui, qui était assis juste à côté et a continué : " maintenant, je comprends ce que tu me disais ".

La question centrale du film est dans le titre : " que devient-on après l’usine ?". Comment votre père a-t-il vécu toutes ces années depuis la fermeture en 2013 ?

L’état émotionnel de Marc à la suite de la fermeture est ce qui motive le film, et son point de départ. Mais mon propos n’était pas de dresser un constat misérabiliste. En me mettant en mouvement avec Marc, au sens propre comme au figuré, je voulais que nous parvenions, lui et moi, à découvrir ce qui restait : les rémanences culturelles de l’usine. Et dans un second temps, réfléchir aux possibilités de mobiliser ces restes pour continuer à demeurer acteur de sa vie.

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