"Mon nom est clitoris" : rencontre avec les réalisatrices de ce documentaire primé au Magritte du cinéma

Mon nom est clitoris
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Pour ce nouveau rendez-vous de Fenêtre sur doc, Caroline Veyt nous présente un documentaire audacieux et nécessaire autour de la sexualité au féminin.

Douze jeunes femmes âgées de 20 à 25 ans, dans un dialogue avec les réalisatrices, racontent, face caméra, le parcours de leur sexualité depuis l’enfance. Avec une liberté, un courage et un humour communicatifs, elles partagent leurs expériences, leurs premières sensations, leurs questions… dans la volonté de changer le monde autour d’elles et de faire valoir le droit des femmes à une éducation sexuelle délivrée des tabous. C’est touchant, intelligent, drôle et jubilatoire à la fois. " Mon nom est clitoris " : un rendez-vous à ne surtout pas manquer le lundi 13 juillet à 22H25 sur La Trois.

Rencontre avec les réalisatrices Daphné Leblond et Lisa Billuart Monnet

Comment avez-vous eu l’idée et l’envie de faire ce film ?

Tout a commencé par nos obstacles et nos difficultés sexuelles en réalité ! Un beau jour on a eu une longue discussion sur nos sexualités, en particulier sur deux choses, où nos expériences se sont rejointes : l’interdiction et le tabou de la masturbation, et l’obligation de la pénétration dans les rapports hétérosexuels. À la fin de cette longue conversation, on s’est dit qu’il serait salutaire pour beaucoup d’entre nous d’en faire un film, et que d’autres que nous avaient sûrement besoin ou envie de ce dialogue. Et puisqu’on avait très envie de voir ce film qui n’existait pas, on s’est dit qu’on allait le faire nous-mêmes.

Votre casting est formidable. Cela a été facile ou pas de trouver des jeunes femmes qui acceptent de parler de façon aussi libérée de leur sexualité ?

Au début, on a testé le dispositif avec des amies proches, avec qui nous avions pu en parler, avec lesquelles nous avions déjà une relation de confiance. Faire les interviews sur le lit, cela nous semblait cohérent. Comme cʼest un témoignage difficile, il fallait un endroit où les filles soient en sécurité, où elles se sentent chez elles, pour rendre leur parole plus fluide et naturelle. Nous pensons que le dispositif a grandement aidé à cette liberté de parole, et aussi le fait que nous étions nous aussi à l’image, dans le cadre ; il n’y a plus de frontière entre les réalisatrices et les interviewées !

Parler de sa vie intime, c’est aussi un acte politique fort

Votre film est réjouissant parce que la parole y est libérée, sans tabou. C’était cela votre principale motivation ?

Nous voulions que la sexualité (surtout féminine) devienne un vrai sujet, et le film prouve qu’on peut en parler sans pour autant entrer dans le trop intime ou le vulgaire. Et c’est fou de voir à quel point les choses peuvent se débloquer seulement grâce à la parole… Ces jeunes femmes ont parlé aussi car elles en avaient besoin, parce que ces tabous et inégalités ont vraiment eu un impact sur leur vie sexuelle : elles ne voulaient pas que d’autres passent par le même chemin. Parler de sa vie intime, c’est aussi un acte politique fort.

Votre film a été salué par la critique, vous avez remporté le Magritte du Meilleur documentaire, mais comment a-t-il été reçu et perçu auprès du public ?

Le film est en général bien reçu au cinéma. Sur les réseaux sociaux en revanche, on remarque plus de résistances, notamment chez des parents qui considèrent que l’éducation sexuelle ne devrait pas se faire à l’école ! Mais chez les jeunes générations, on sent plutôt un soulagement à l’idée de traiter frontalement des questions qui nous concernent toutes et tous. Et de faire de la sexualité un sujet de conversation comme un autre.

Le plaisir, de façon générale, est encore tabou, y compris chez les jeunes

Avez-vous le sentiment que parler de plaisir au féminin est encore tabou, même chez les jeunes ?

Le plaisir, de façon générale, est encore tabou, y compris chez les jeunes. Parler de son plaisir réel, savoir faire valoir ses droits, cesser de se forcer pour autrui, assumer ses désirs sans complexes est toujours aussi périlleux… La domination de genre, le sexisme, le racisme, le validisme, la grossophobie, les LGBTphobies et toutes les discriminations fonctionnent comme des "rappels à l’ordre muets" constants, pour reprendre les mots du sociologue Pierre Bourdieu. Ils entravent la liberté de parole, et par là, notre droit au plaisir et au bonheur.

 

"Mon nom est Clitoris", un film de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monnet produit par Iota Production à voir le 13/07 sur La Trois à 22H25 et à revoir sur Auvio - Suivi à 23H45 de : "L’art du Shiatsu ou la voie de la guérison" de Guy Maezelle

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