"Kinshasa Beta Mbonda" ou comment la musique aide à sortir de la délinquance : rencontre avec la réalisatrice

Kinshasa Beta Mbonda
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Kinshasa Beta Mbonda - © Tous droits réservés

Cette semaine dans Fenêtre sur doc, Caroline Veyt nous emmène à Kinshasa avec ce film de Marie-Françoise Plissart qui raconte comment la musique a donné un nouveau sens à la vie de jeunes dans un quartier populaire de la ville. Anciens délinquants, ils sont aujourd’hui musiciens.

Le film "Kinshasa Beta Mbonda" suit une dizaine de jeunes musiciens percussionnistes qui animent le quartier populaire de Barumbu à Kinshasa. Ce sont les Beta Mbonda, des anciens délinquants issus de gangs violents baptisés "les Kulunas". La musique a redonné du sens à leur vie et scellé leur amitié. Entre petits boulots et improvisations musicales, ils inventent des rythmes et chantent les difficultés de la vie quotidienne. Tel un chœur grec, à partir d’instruments traditionnels ou d’objets banals, leurs chants résonnent dans Kinshasa. À travers leur parcours, c’est celui de toute une ville à la dérive qui trouve écho. On se laisse emporter par la force de leur récit, le rythme de leur musique et les images magnifiques.

Le film "Kinshasa Beta Mbonda" est à voir le lundi 10 août à 22H25 sur La Trois.

Le programme sera disponible sur Auvio durant 30 jours. 

Rencontre avec la réalisatrice Marie-Françoise Plissart

Comment sont nées l’envie et l’idée de ce film ?

Je vais régulièrement à Kinshasa depuis l’an 2000. Au départ, c’était en tant que photographe. Mais j’ai toujours eu envie d’y faire un film et de faire un film musical. Ma première rencontre avec les Beta Mbonda date de 2015. L’idée du film a germé petit à petit et il s’est construit dans le temps autour de cette rencontre. Il est le fruit d’une improvisation organisée autour d’idées croisées entre eux et moi. C’est une création artistique commune à part entière, une vraie collaboration.

Je ne venais pas comme une entomologiste qui observerait des gens. On se connaissait très bien déjà depuis longtemps, c’est ce qui a permis tout cela.

Ils ne sont pas que sujets, ils ont été vraiment acteurs de ce film qui est le résultat de nos compétences réciproques : eux musiciens et moi cinéaste. Ils ont écrit la partition musicale. Je ne venais pas comme une entomologiste (ndlr : scientifique qui étudie les insectes) qui observerait des gens. On se connaissait très bien déjà depuis longtemps, c’est ce qui a permis tout cela. Je leur ai montré le film à Kinshasa, la relation continue. Après le film, le lien se poursuit.

Comment étaient les conditions de tournage ?

Quand j’ai fait leur connaissance en 2015, ils avaient encore un lieu de répétition. Et puis, quelques années plus tard, durant le tournage, ce lieu n’existait plus. Il a fallu réinventer autre chose. Il y avait aussi ceux qui avaient déjà disparu. On meurt très jeune là-bas.

Grâce à la force du groupe et de leur amitié, ils créent quelque chose d’incroyable dans des conditions très précaires.

Et puis filmer n’est pas simple à Kinshasa, a priori, c’est même interdit. Dans le quartier où je filmais, j’étais la seule blanche, cela ne passait donc pas inaperçu. Au départ c’est difficile de faire accepter la caméra et puis en discutant, petit à petit, les gens deviennent moins hostiles et les policiers finissent même par être contents que l’on parle d’eux et de leur quartier. Par ailleurs, comme j’y vais depuis 20 ans, on me connaît et les gens sont contents que l’on vienne les voir, qu’ils ne soient pas isolés du reste du monde.

Votre personnage central dit au début du film "Sans le tam-tam je ne sais pas ce que je serais, je serais peut-être en prison ou mort " : c’est vraiment la musique qui a changé le destin de ces jeunes ?

Oui, il y a la force de la musique mais aussi la force de l’amitié. La musique crée un groupe et le groupe doit s’accorder pour faire de la musique. C’est grâce à ce projet rassembleur qu’ils sont sortis de la délinquance. De bandits qu’ils étaient, ils sont devenus les porte-paroles d’une société, de la société dans laquelle ils sont mais qui fait écho à la nôtre qui a également son lot d’exclus.

Ils vivent dans des conditions ultra-précaires, mais grâce à la force du groupe et de leur amitié, ils créent et inventent quelque chose d’incroyable dans ces conditions. Ensemble, ils sont plus forts, leur projet est très fédérateur. Qu’est-ce qu’on peut créer ensemble à partir de pas grand-chose, à partir de soi ? Ils ont juste des tambours et leur corps, qui chantent et qui dansent. Ils deviennent aussi des modèles pour les enfants qui les regardent jouer et qui apprennent avec eux. La plupart d’entre eux ne peuvent pas aller à l’école, ils apprennent dans la rue.

Kinshasa Beta Mbonda : un film de Marie-Françoise Plissart produit par Alter Ego Films / Luna Blue Films en coproduction avec la RTBF à voir le 10/08 sur La Trois à 22H25 et à revoir sur Auvio.

Suivi à 23H20 de : La prochaine fois que je viendrai au monde de Philippe de Pierpont.

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