Hypercitoyen: portrait d'un aventurier du patrimoine perdu

Stephen Vincke dans "Hypercitoyen, l'aventurier du patrimoine perdu
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Stephen Vincke dans "Hypercitoyen, l'aventurier du patrimoine perdu - © Tous droits réservés

A l’occasion des journées du patrimoine, Ghizlane Kounda nous propose un documentaire aussi savoureux que décalé qui nous emmène au cœur du Borinage. Loin des clichés sur la région, ce film de Pascal Rocteur suit les aventures rocambolesques de Stephen Vincke, photographe et citoyen de Frameries, qui appelle les citoyens à le rejoindre pour sauvegarder le patrimoine de sa ville.

Un rendez-vous Fenêtre sur Doc à voir le samedi 26/09 sur La Trois

HYPERCITOYEN, l’aventurier du patrimoine perdu

Le film commence par une série d'images touristiques de la région du Borinage. Puis deux hommes sortent d’une voiture en rase campagne. Munis d’un lavabo rouge, Stephen Vincke et son comparse vont redonner vie à une vieille fontaine à l’abandon.  "C’est incongru comme je l’aime" dit-il. Le ton est donné. Nous voici embarqués dans un documentaire décalé 100% belge ! 

Tout au long du film, nous allons suivre Stephen lancé dans une série d’aventures pour sauver le patrimoine de sa ville, qui se meurt pourtant dans l’indifférence générale. Photographe et citoyen de Frameries, ce passeur de patrimoine comme il se définit lui-même, est devenu au fil du temps une mémoire vivante de sa ville, l'encyclopédie ambulante et incollable du coin. Trésors oubliés, monuments vandalisés, lieux de mémoire dégradés : son objectif est de revaloriser les traces du passé en invitant les citoyens à le rejoindre. Il va même se lancer dans un pari fou et loufoque: retrouver les cloches de Noirchain, des reliques légendaires qui auraient été enfouies sous le sol de Frameries en 1789, lors de la révolution française. Stephen veut tout simplement réinventer et réenchanter le patrimoine de sa ville, avant tout pour que ses habitants puissent se réapproprier leurs racines et donc leur histoire. 

Hypercitoyen est un documentaire au bord de l’absurde, une épopée burlesque et joyeuse qui nous interroge sur notre propre histoire et patrimoine.

Rencontre avec le réalisateur Pascal Rocteur

Comment est née cette idée de faire un film autour du patrimoine local ?

Je voulais rendre un hommage à ma région natale et à mes parents, la région est riche et son passé est à la fois aimé et détesté, daté.  J'ai cherché quelque temps une façon positive et légère de raconter ça. Ma rencontre avec Stephen il y a 10 ans m'a offert un personnage idéal pour le faire, cela a vraiment pris forme il y a 2 ans. 

Stephen, le fil rouge du film, n’est pas qu’un amoureux du patrimoine, il aime surtout sa région et les gens non ?

En effet, Stephen fait vivre la mémoire locale. Au-delà des clichés de l'amoureux des vieux objets, photos, sites et monuments, Stephen a compris que mettre le patrimoine en vitrine et hors de portée des gens, c'est le tuer encore plus vite car il doit être vécu.  Ce qui le passionne plus c'est donc voir la découverte et la surprise des gens devant les histoires et les vieux symboles de leur quartier ou de leur ville, qu'ils soient natifs ou pas. Il est fasciné par le mélange des gens d'origines, d'horizons ou de classes diverses.  Je le vois un peu comme un animateur de jeu de la vie de tous les jours.

Cela dit, c’est un personnage un peu décalé, volontiers provocateur, comment est-il perçu dans sa ville ? 

Oui, c'est un emmerdeur local, ça transparaît un peu dans le film. Stephen n'est pas apprécié par les autorités locales car il est populaire mais ingérable et pas "politiquement cadré", donc potentiellement dangereux. Cela occasionne un blocage face à nombre de ses initiatives qui ne sont pas soutenues, pas comprises, voire empêchées. Et comme ça fait longtemps, il est animé aujourd'hui d'un cynisme naturel qui cadrait bien avec le mien, et il rend la pareille.

"Face à une société de plus en plus désolidarisée, le patrimoine peut rassembler les gens"

Derrière son souci de sauvegarde du patrimoine, ce n’est pas aussi et peut-être surtout une façon de tisser du lien social ? Et c’est cela aussi que vous vouliez raconter ?

Oui tout à fait, mais je ne le savais pas au début. Je pense comme Stephen que le patrimoine ne doit pas être absolument sensationnel pour valoir quelque chose. Car son rôle est de rassembler les gens, qui aujourd’hui ne savent plus grand chose de l'endroit où ils habitent, ne partagent plus rien, et donc ne se connaissent plus. Le phénomène s’accélère et engendre une société désolidarisée et déprimée. J'ai découvert ça quand les portes des gens se sont ouvertes devant notre caméra.

Avec ce film vous aviez aussi envie de montrer le Borinage autrement ? C’est pour casser ce cliché du Borinage triste que vous vouliez faire un film léger et pétillant ?

J'y suis né, et je voulais de toute façon faire une réflexion sous une forme comique. J'avais le personnage, dont le combat a engendré un récit que j'ai agrémenté de ma touche burlesque.  On a encore trop l'image d'un Borinage d'antan, très sérieux et triste, à considérer gravement, je voulais bousculer tout ça pour créer une vision décalée qui donne envie avec aussi une touche émouvante.  Les choses sérieuses se racontent avec légèreté.  

 

HYPERCITOYEN, l’aventurier du patrimoine perdu : un film produit par Domino Production en coproduction avec la RTBF – A voir le 26/09 à 23h15 sur La Trois et à revoir sur Auvio.

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