Ethbet ! : 10 ans après la révolution égyptienne des jeunes poursuivent le combat

Ethet signifie " Tiens bon ! ". C’était le slogan des activistes à la tête de la révolution égyptienne de 2011 qui se rassemblaient sur la place Tahir au Caire. 10 ans après, l’opposition au régime se poursuit en Egypte et à l’étranger. Des militants des droits de l’homme ont tenu bon. Ce documentaire part à leur rencontre.  

Ethbet ! : un documentaire de Matteo Ferrarini à voir dans Fenêtre sur Doc le samedi 27 février à 23h15 sur La Trois et à revoir sur Auvio jusqu'au 28 mai !

10 ans après l'échec de la révolution de la place Tahrir en Égypte et le changement de régime qui s’en suivit, le gouvernement Al-Sissi pratique la disparition forcée, l'emprisonnement sans procès, et souvent la torture. Ce documentaire nous emmène à la rencontre de ceux qui, malgré tout, poursuivent le combat. Ils ont connu la menace, l’emprisonnement et la torture eux-aussi. Shaimaa et Ali, militants en exil, ainsi que Lotfy, qui dirige au Caire la Commission égyptienne des droits de l'homme et des libertés sont restés en contact. Ils ont appris à échapper à la surveillance numérique du gouvernement et font de la sensibilisation notamment auprès des gouvernements européens pour défendre la liberté d'expression et la démocratie en Egypte.

Ce film raconte le quotidien de ces jeunes, souvent seuls et en exil, qui défient la menace qui pèse sur leurs familles restées au pays, en espérant, qu'un jour, les choses iront mieux…

Rencontre avec le réalisateur Matteo Ferrarini

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Le réalisateur Matteo Ferrarini © Tous droits réservés

Pourquoi était-ce important pour vous de faire ce film? 

Je pense qu'il est important de donner une voix à ces jeunes parce que les raisons pour lesquelles ils se battent sont les mêmes qu'il y a dix ans. Ce qui a changé, c'est que pendant la révolution ils étaient sous les projecteurs des médias internationaux, aujourd’hui ils agissent dans l'obscurité totale. Depuis le coup d'État militaire d'Al Sissi, les droits humains fondamentaux sont bafoués en Egypte, y compris la liberté d'information et d'expression. Il est donc important de donner une voix à cette contestation qui serait sinon occultée, par tous les moyens. Et le cinéma est l'un des moyens les plus puissants.

Comment les avez-vous rencontrés ?

J'ai rencontré Ahmed Ali il y a deux ans par l'intermédiaire d'un ami commun. Il était à Barcelone pour attirer l'attention de l’organisation politique "La Généralité de Catalogne" sur les graves manquements en matière des droits de l'homme en Egypte. Quand il m'a raconté son histoire, passée et présente, j'ai tout de suite visualisé le film et ensemble nous avons décidé réaliser ce film. Au fil du temps, une belle amitié est née entre nous et petit à petit il m'a fait découvrir le monde des dissidents égyptiens qui se battent toujours pour les droits de l'homme à l'intérieur et à l'extérieur de l'Égypte où j’ai rencontré d’autres bons amis, Lotfy, Shaimaa, Ahmed Said, Mostafa, Sameh, Sarah, mais aussi beaucoup d'autres qui n'apparaissent pas dans le film.

Leurs idées sont plus fortes que la peur

Leur action comporte des risques mais prennent-ils des risques aussi en parlant dans ce film ?

Le régime d'Al Sissi est très répressif et vindicatif, donc ils se mettent en danger eux-mêmes ainsi que leurs familles en s'exposant. Mais leurs idées sont plus fortes que la peur et c'est aussi pourquoi j'ai beaucoup de respect pour eux.

Comment parviennent-ils à tenir le coup ? Sont-ils encore optimistes ?

Évidemment, comparé à 2011, lorsque le peuple a renversé le régime de Moubarak, leur optimisme s'est quelque peu affaibli, mais dans le film ils expriment très bien ce qu'ils pensent : ils sont sûrs qu'un jour les choses iront mieux, sachant que "ce sera pire encore avant de s’améliorer ".

Pourquoi avoir eu recours à l’animation pour certains moments du film ?

J'ai utilisé l'animation parce que j'ai ressenti le besoin de faire connaître au spectateur à la fois les émotions et le vécu passés des personnages, et je pense que l'animation est un excellent outil pour y parvenir. Un entretien aurait été trop froid et détaché pour transmettre leurs émotions, l’animation permet de s'éloigner du réalisme. Avec le directeur artistique Francesco Vecchi nous avons voulu raconter les histoires d'Ahmed, Ali et Shiamaa comme des cauchemars d'adolescents, puisqu'à l'époque ils étaient encore mineurs. Tandis qu’avec ses souvenirs, Lotfy, qui a une dizaine d'années de plus qu'eux, rend visible toute l’ampleur du système répressif du régime.

Quel est le principal message que vous vouliez faire passer avec votre film ?

Les messages sont multiples : de la dénonciation de la vie sous un régime militaire à la façon dont la force des idées est, pour certains, plus forte que la peur. Mais celui qui me tient le plus à cœur est de montrer le modus operandi du pouvoir : pour maintenir des équilibres géopolitiques basés sur les relations économiques, le système utilise le besoin naturel de liberté des citoyens et rapporte les faits selon un récit officiel qui semble octroyer une justice pour tous alors que dans les faits, il rejette quiconque ne s'aligne pas avec lui, les qualifiant de terroristes ou de rebelles. Les personnages du documentaire sont des gens ordinaires, comme chacun de nous, avec un sentiment naturel de justice, quand le système leur donne l’illusion de pouvoir améliorer les conditions dans leur pays.  Mais en fin de compte, ce système les a écrasés, perturbant leur vie et celle de leurs proches. Sans oublier le rôle des pays occidentaux, qui a été et est toujours fondamental dans le maintien du statu quo.

Un film produit par Agent double et Visible Film en coproduction avec la RTBF 

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