« Dark Rider » : l’histoire d’un motard aveugle et de son défi un peu fou

Diffusé à l'occasion de l’opération CAP 48, ce documentaire raconte l’histoire incroyable de l'Australien Ben Felten (51 ans) à la fois pilote de moto et aveugle. C’est l’histoire d’un homme qui malgré son handicap n’a jamais renoncé à sa passion et à ses rêves. C’est aussi une belle histoire d’amitié avec son co-pilote et avec un jeune garçon à qui il transmet de l'espoir.

" Dark Rider ": un magnifique film d’Eva Küpper avec des images à couper le souffle à ne pas manquer dans Fenêtre sur doc le samedi 16/10 à 23h00 sur La Trois et à revoir sur Auvio

Le paysage est presque lunaire. Deux motos roulent à toute vitesse. L’image est magnifique. Le son l’est tout autant. On entend des indications données par radio : "tout droit, plus à gauche, encore tout droit". On comprend que le pilote de la première moto est aveugle. C’est l’Australien Ben Felten, 51 ans. Derrière lui, il y a son guide, l’ancien champion de Grand Prix Kevin Magee, 56 ans. On est immédiatement pris par cette incroyable histoire. 

Ben souffre d’une maladie oculaire incurable qui l’a rendu aveugle vers 35 ans. Malgré cela, il a refusé d'abandonner son rêve d'enfant : devenir pilote de moto professionnel. Mais il va même plus loin en se lançant ce défi un peu fou : battre le record du monde de vitesse sur piste et devenir le pilote de moto aveugle le plus rapide du monde. Pour cela, il fait appel à Kevin, ancien champion de moto, qui va l'accompagner lors de sa préparation. Ce film va suivre les deux hommes qui s’entraînent ensemble. On les suit aussi dans leur rencontre avec Jed, un adolescent de treize ans, atteint lui aussi d’une maladie oculaire dégénérative qui risque de le rendre aveugle. La détermination de Ben lui sert d'exemple. D’une beauté saisissante, le film Dark Rider, incarné par des personnages terriblement attachants, raconte une belle histoire de résilience.  

Produit par Clin d’œil Films / Serendipity Films et Volya Films en coproduction avec la RTBF et la VRT

Rencontre avec la réalisatrice Eva Küpper

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© Tous droits réservés

Je connais la moto et la vitesse, je ne pouvais pas imaginer que ce soit possible de piloter sans voir

Comment est née l’idée de ce film ?

Je suis moi-même passionnée de moto et de vitesse. J’ai roulé sur des circuits partout en Europe. En 2014, alors que je pilotais sur un circuit en Angleterre, une amie m’a montré un article de presse qui parlait d’un motard aveugle en Ecosse et qui venait de battre un record de vitesse. Je sais ce que c’est la vitesse et je ne pouvais pas imaginer que ce soit possible de piloter sans voir, c’était incroyable. Je l’ai rencontré mais il n’était pas partant pour faire un film. Quelques années plus tard, il m’a parlé d’un Australien aveugle qui s’entraînait pour battre son record et qui allait participer à une course. J’ai appelé ma productrice et on s’est dit " ok, on y va ! ". Je voulais absolument aller voir s’il y avait une histoire et un film possibles avec Ben Felten. C’était quand même un risque parce qu’on devait partir très vite à l’autre bout du monde. On est parti 3 semaines plus tard avec Carl Rottiers, mon cameraman, aussi un passionné de moto, en Australie sur ce lac de sel où ils s’entraînaient.

Comment s’est passé cette première rencontre ?

C’étaient des circonstances très extrêmes mais c’était fantastique et très intense. On a tout de suite eu un très bon contact avec Ben et son co-pilote Kevin. On a accroché directement avec ces personnages, avec leur sens de l’humour, leurs émotions … c’était unique. Et on a décidé de faire ce film ensemble.  Le tournage s’est étalé sur 3 ans. On est allé filmer plusieurs fois en Australie, chaque fois environ pendant un mois. Au fil des tournages, nous avons assemblé les séquences nécessaires pour raconter cette histoire, comme les pièces d’un puzzle.

Mon personnage Ben donne de l’espoir et est source d’inspiration, c'est ça que j’adore vraiment

C’est bien plus qu’un film sur la moto et un record ? C’est aussi et peut-être surtout un film sur les rêves, le dépassement de soi ?

Oui absolument. Le record de moto, c’est le fil conducteur. Ce qui est vraiment important et que je veux mettre en avant, c’est l’amitié, l’importance de suivre ses rêves et ses passions. Il ne s’agit surtout pas d’un film sur la moto et c’est important que les gens qui n’y connaissent rien soient aussi touchés et émus par le film. Ce sont d’ailleurs les retours que j’ai eu lors des projections en salle. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec Ben est qu’il bouscule les idées préconçues. Voir un aveugle sur une moto qui essaie de battre un record de vitesse, c’est quelque chose d’inimaginable. J’adore l’idée que Ben repousse ces limites. Il peut susciter des envies chez d’autres. On peut s’épanouir en poursuivant ses rêves, c’est vrai pour des personnes handicapées mais pour tout le monde en fait. Après une projection, quelqu’un m’a dit : " je n’ai pas de handicap comme Ben mais si lui a pu suivre ses rêves, alors moi aussi ". Cela donne de l’espoir et de l’inspiration aux gens et ça j’adore vraiment.

Il y est aussi beaucoup question d’amitié, de transmission

Oui pour moi c’est un peu le cœur du film. Il y a cette amitié entre Ben et Kevin, son co-pilote mais aussi entre eux et le jeune Jed qui risque de devenir aveugle lui aussi. Pour Ben, c’est vraiment la chose la plus importante : plus que de battre ce record, c’est de pouvoir aider les autres à réaliser leurs rêves comme lui. Cette amitié que Ben et Kevin ont avec ce jeune Jed est vraiment très importante. Leur rencontre a lieu pendant notre tournage. Je n’avais forcément pas anticipé cette dimension, cette question de la transmission. Mais cela s’est tout de suite imposé comme essentiel. Cela complète l’histoire.

Ce documentaire est presque construit comme une fiction. C’était voulu ?

Oui c’est important pour moi que l’on soit vraiment plongé dans une histoire quand on regarde mes films. Que l’on ne soit pas " dérangé " par des interviews classiques ou des moments où l’on sent ma présence de réalisatrice. Je veux que l’on soit pris par les émotions et emmenés par les personnages. C’est peut-être cela qui donne une impression de fiction, même si tout est vrai.

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