« Boxe ! » : ou l’histoire de jeunes boxeurs qui rêvent de devenir champions

Ce documentaire raconte l’histoire de Vasken, Amédéo et Guillaume. Ils ont entre 10 et 13 ans et rêvent de devenir champions. On les suit dans leur apprentissage de la boxe à cet âge où le corps et la personnalité se forment et où tous les rêves sont possibles. Il raconte aussi l’histoire d’une préparation physique exigeante et l’apprentissage de la maîtrise de soi.

Boxe ! : un documentaire Vincent Detours & Dominique Henry à découvrir dans Fenêtre sur Doc le samedi 21 novembre à 23h20 sur La Trois et à revoir sur Auvio jusqu'au 19 février 2021.

Rencontre avec les réalisateurs Vincent Detours & Dominique Henry

Comment est née l’envie de faire ce film ?

Deux facteurs sont à la naissance de BOXE! : notre rencontre avec Farid Hakimi, boxeur montois, sur notre précédent film Parties Civiles et le désir de documenter un milieu populaire dont l'un de nous est issu, trop souvent moqué dans des films documentaires qui aiment n'en garder que le ridicule. Nous avons commencé à filmer en suivant Farid, à écouter, à regarder les interactions entre les personnes lors des entraînements, des galas auxquels nous venions. Le mot le plus prononcé, celui qu'on entend le plus souvent, aux bords d'un ring, à la salle, est : " Travaille ! " De là, il fut évident pour nous d'axer notre travail de documentaristes sur la notion d'apprentissage, de travail. BOXE! est un film sur le travail. Le fil du tournage nous a fait rencontrer Vasken, Guillaume et Amédéo.

Pourquoi avoir choisi de suivre de jeunes apprentis boxeurs ?

Muhammad Ali commence la boxe à 12 ans, Mike Tyson à 13, Marvin Hagler à 15. L’identité du futur adulte se solidifie à cet âge-là. BOXE! documente l'année de passage de boxe éducative à boxe amateur, chez trois jeunes garçons. A 13 ans, le corps se façonne, l'esprit découvre que tout est possible. Ce film montre aussi que cette envie précoce, fait que leur vie est déjà différente. Ils ont ce rêve, cet objectif qu'ils se sont fixés, d'apprendre, de " bouffer " du savoir sur la boxe, cette recherche incessante de leur style, de leur " moi ". BOXE! dépeint, en toile de fond, les modes de transmission d'une culture populaire et la projection de réussite de tous ces " adultes " pour qui c'est trop tard ou déjà passé. Pour nous, le titre définit le sujet du film : quand l'arbitre met en jeu le combat et annonce : " Boxe ! ", il ne dit pas autre chose que : " Sois ! Montre, montre-nous ce que tu as appris, si tu as su apprendre. " Ce que contient le mot " Boxe ! ", c'est tout cet apprentissage, tout ce devenir, tous ces rêves d'être.

Pour nous, la boxe exige une discipline qui va au-delà du sport

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cet univers de la boxe ?

Comme le raconte Pisani, un ancien boxeur, dans les gradins à un novice, ça ne sert à rien de frapper le sac comme une brute, c'est sur le ring qu'on verra qui tu es. À l'annonce " Boxe ! ", le boxeur se doit d'être. Nous voyons la boxe comme une danse confrontationnelle. Vasken, Amédéo, Guillaume sont fondamentalement synchronisés sur le rythme de leur souffle. Pour nous, la boxe exige une discipline qui va au-delà du sport. Sur le ring, la boxe doit naître du corps de Vasken, Amédéo et Guillaume et pour qu'elle naisse de leur corps, ils doivent au préalable l'avoir introjectée en eux. La boxe doit faire partie intégrante du soi du boxeur et par une appropriation subjective, elle doit vivre en lui.

La boxe a une image d’univers très masculin, assez violent. C’est une image fausse ?

Une des notions fondamentales de notre film, est la différence entre deux verbes : " se bagarrer " et " boxer ". La boxe est extrêmement exigeante physiquement et surtout mentalement. Sur le ring ce n’est certainement ni le plus costaud ni le plus agressif qui gagne. Le boxeur aguerri se joue au contraire de l’agressivité non maîtrisée d’un adversaire brutal le laissant se fatiguer et le conduisant à l’erreur fatale. Le boxeur de talent est un technicien et un stratège. Au-delà de ces qualités il y a la fascination de la grâce et du style des plus doué(e)s, et l’intensité dramatique du combat. Les salles de boxe accueillent un public de plus en plus diversifié socialement et, très clairement, de plus en plus de filles et de femmes les fréquentent. La Jah Boxing Academy à Bruxelles, fait beaucoup pour l'intégration des femmes dans la boxe. La pièce de théâtre de Stéphanie Blanchoud " Je suis un poids plume " a amené nombre de Bruxelloises dans les salles de boxe, notamment au Physical Boxing Club dirigé par Ben qui, dans notre film, entraîne Vasken. La version longue de notre film se termine sur un combat féminin, celui de la jeune Alicia Bourcy, un peu comme une porte ouverte sur une nouvelle histoire. Le boxeur belge le plus titré est une femme : Delfine Persoon.

c'est aussi un film sur le rêve d'être qui on veut être que nous faisons toutes et tous à l'adolescence.

Au-delà de la boxe, c’est aussi un film sur la transmission et la passion ?

Tout à fait. BOXE! est d’abord un film sur l’apprentissage qui inclut les notions de transmission et de passion. Mais c'est aussi un film sur le rêve d'être, " Qui je veux être? ", que nous faisons toutes et tous, à l'adolescence. Comment se détermine un individu dans son enfance ? Avec BOXE! nous souhaitons plonger le spectateur dans ses souvenirs, que lui reviennent les odeurs, les textures, les sons, et que résonnent en lui les choix que lui a fait à cet âge-là. Vasken, Amédéo, Guillaume sont les vecteurs de ce travail mémoriel, de ce retour sur soi que le spectateur pourrait faire à l'issue du film.

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