"Asile" : un documentaire-portrait d'un jeune Afghan arrivé seul en Belgique

Pour le premier rendez-vous de la saison de Fenêtre sur Doc Ghizlane Kounda nous propose un film d’une grande sensibilité qui part à la rencontre d’un jeune Afghan, arrivé seul en Belgique dans l’espoir de jours meilleurs. Réalisé par Victor Ridley, Asile donne un visage à une réalité bien au-delà des statistiques.

Un rendez-vous à ne pas manquer le samedi 12/09 sur La Trois

Le parcours de Sahil

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Sahil © Tous droits réservés

Chaque année, plus d'un millier de Mineurs Étrangers Non Accompagnés arrivent en Belgique. Ils étaient 1200 l’an dernier. La plupart sont des garçons âgés de 15 à 18 ans. Une majorité d'entre eux viennent y demander l'asile comme Sahil, un jeune afghan de 15 ans. Après être passé par plusieurs centres pendant près d'un an, Sahil intègre une famille d'accueil. Ce nouveau cadre est l'espoir d'une vie plus stable dans l'attente du verdict de l'office des étrangers.

Ce film accompagne Sahil tout au long de son parcours d’exil. Dans un centre d’accueil, avec les autres mineurs non accompagnés, puis en famille et durant ses entretiens d’évaluation de sa demande d’asile. Un parcours ponctué par l’attente et l’angoisse, l’espoir et la déception.

Rencontre avec le réalisateur Victor Ridley

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Victor Ridley le réalisateur avec Sahil © Tous droits réservés

D’où est venue cette envie de faire un film consacré aux mineurs non accompagnés ?

Depuis plusieurs années, je m’intéresse aux jeunes adolescents, et en particulier à ceux qui doivent se comporter comme des adultes pour survivre. Avec cette question qui me poursuit : comment ces jeunes, qui ont dû quitter, contre leur gré leur famille, leur pays, gardent-ils une part d’innocence ? Continuent-ils à se projeter dans le futur afin de se construire ? J’ai donc décidé de prendre contact avec Mentor-Escale en 2016 qui s’occupe de prendre en charge des MENA. Je voulais rencontrer ces jeunes mineurs qui ont traversé " le monde " sans leurs parents, et qui doivent faire face seuls à la violence de leur situation. J’ai passé énormément de temps avec l’équipe, les jeunes et les futures familles d’accueil. Au fur et à mesure de mes rencontres, l’idée du film s’est construite.

Et si c’était mon enfant, ma soeur, mon filleul... : j’ai envie que le spectateur se pose cette question en voyant le film 

Comment s’est passé la rencontre avec Sahil ?

J’ai rencontré Sahil, au bout de plusieurs mois d’immersion. Lors de notre première rencontre, je pensais qu’il avait 18 ans tant son visage était dur et marqué. Mais la façon dont il s’exprimait, de façon peu assurée, contrastait avec cette apparence. Ce contraste entre son corps d’adulte et sa parole d’enfant m’a fasciné.

Avec l’aide d’un interprète, je lui ai expliqué ma démarche. Je voulais être sûr qu’il comprenne et qu’il ait envie d’y participer. Le courant entre nous deux est tout de suite bien passé. Pas besoin de beaucoup de mots pour s’exprimer. Quelques phrases, un regard, les gestes nous suffisaient. Sahil était partant et moi envouté par ce jeune garçon au regard profond et insondable. Il m’a laissé pantois dès notre première rencontre et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure avec lui, comme une évidence.

J’ai tourné la majeure partie du film seul afin d’accentuer la proximité avec Sahil. Cela m’a permis d’être happé dans l'histoire de Sahil, ses émotions, ses craintes et ses joies… Comme, je l'espère, elle happera les spectateurs. Je voulais pousser le spectateur à avoir un lien avec Sahil, qu’il oublie pendant 52 minutes tout ce qu’il pense connaître sur les migrants et qu’il se plonge dans la vie de ce jeune garçon de 15 ans.  Mon envie la plus forte, celle qui m’a guidé tout au long de la réalisation d’Asile, est que l’on se pose une question en voyant le film : " Et si c’était mon enfant, ma soeur, mon filleul... ".

 

Faire un film sur Sahil c’est pour vous aussi une manière de parler d’une réalité plus large ?   De mettre un visage sur des chiffres froids ?

En dressant le portrait de Sahil, j’ai cherché à parler d’une situation plus universelle. Mettre en avant un visage est ma manière de parler de tous les autres qui se trouvent dans la même situation.

Je me suis moi-même fait surprendre par la violence de l’Etat sur ces jeunes et les impacts que le système administratif peut avoir sur eux. La situation de Sahil m’a fort impacté et ému et d’autres questions se sont ajoutées à celles que je me posais déjà avant de me lancer dans ce projet. Je ne cherche plus à trouver de réponses à celles-ci car le sujet est beaucoup trop vaste et complexe. Je les utilise plutôt comme une base de réflexion pour avancer et grandir dans une Europe qui me paraît en retard sur son temps !

Comment va Sahil aujourd’hui ? Où en est-il ?

Sahil n’a obtenu ni l’asile, ni la protection subsidiaire mais a reçu la protection MENA qui lui permet de rester en Belgique, tout en devant prouver au fur et à mesure du temps sa bonne intégration dans le système belge. Cet été, sa protection a été renouvelée pour un an. 

Il vit toujours chez sa famille d’accueil à Louvain-la-Neuve. Il a quitté son école secondaire pour faire une formation CEFA dans l’Horeca. Et, début de l’année 2020, il a signé un contrat de stage de deux ans avec un restaurant dans le cadre de cette formation. Sinon, les week-ends, Sahil passe du temps avec ses amis Kamran, Sikandar, Bashir, … à Bruxelles.

 

Asile : un film de Victor Ridley produit par IOTA Production en coproduction avec la RTBF /  LEs films du Trèfle /Voo / Be TV – A voir sur La trois le 12/09 à 24h05 et à revoir sur Auvio.

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