Quand l'arme du crime incarne une passion dévorante entre deux géants de la littérature !

Le fameux revolver avec lequel Verlaine tira sur son amant le 10 juillet 1873 !
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Le fameux revolver avec lequel Verlaine tira sur son amant le 10 juillet 1873 ! - © Tous droits réservés

30 novembre 2016, ce revolver de poche, calibre 7 millimètres enflamme la salle de vente Christie’s à Paris … Les enchères s’envolent… Estimé entre 50 000 et 70 000 euros, l’objet est adjugé à un mystérieux acquéreur ayant enchéri par téléphone, pour la somme exorbitante de 434 500 euros !

434 500 euros pour moins de 500 grammes de ferraille... Pourquoi une telle flambée du prix ? L’arme symbolise la fin d’une passion dévorante, littéraire et amoureuse entre deux grands poètes français, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud !

En ce début d’été 1873, Verlaine plaque sans le sou son jeune amant à Londres et se réfugie à Bruxelles avec l’intention de renouer avec sa femme, Mathilde.

Rimbaud supplie Verlaine, de 10 ans son aîné, de revenir… Pour finalement, le rejoindre dans la capitale belge... Retrouvailles, situation tendue, querelles sans fin, Rimbaud veut rentrer seul à Paris !

Journée fatale d’un désespoir amoureux...

Le 10 juillet 1873, dans la matinée, Paul Verlaine se rend chez l'armurier Montigny, dans les galeries Saint-Hubert et y achète un revolver de poche à 6 coups, de marque Lefaucheux ainsi qu'une boîte de 50 cartouches.

S’ensuit la tournée des troquets où le poète s’étourdi à coups d’absinthe, la "fée verte" qui rend fou.

Dans l’après-midi, leurs " amours de tigres " dégénèrent une fois de plus dans le huis clos de leur chambre d’hôtel, rue des Brasseurs. La dispute éclate, violente, brutale. Ivre de désespoir, Verlaine, le revolver à bout de bras tire à deux reprises. Une balle traverse le poignet de celui à qui il " veut apprendre à vouloir partir " l’autre se loge dans le décor.

Bien que la blessure soit superficielle, les amants terribles se rendent à l’hôpital Saint-Jean. Après les soins prodigués, Arthur Rimbaud veut rentrer immédiatement en France. Déchiré à l’idée de voir partir son chéri, Verlaine le menace à nouveau en pleine rue. La peur au ventre, le jeune poète se réfugie auprès d’un policier. L'agent Auguste Michel les emmène alors au poste où les premières auditions sont menées. La machine judiciaire est lancée et le juge saisi de l'affaire ordonne la détention de Verlaine sous prévention de blessures faite au moyen d’une arme à feu !

CELLULE 252, spacieuse et agréable...

Le juge Théodore t'Serstevens a des soupçons quant à la nature des relations entretenues par les deux hommes. Retrouvées dans leurs portefeuilles, les lettres échangées entre eux sont explicites. D’aucune indulgence, il mandate deux médecins pour une expertise médicale particulièrement humiliante pour l’homme de lettres afin d’établir l'existence d'habitudes pédérastiques. En Belgique, à cette époque-là, si l’homosexualité n’est pas condamnée en tant que telle, elle est toutefois assimilée à un comportement hautement immoral.

Le 8 août 1873 le tribunal de Bruxelles condamne Paul Verlaine à deux ans de prison, davantage pour le punir de ses sympathies communardes passées, de ses penchants sexuels, et de l'abandon de sa femme et de son tout jeune fils plutôt que de sa tentative de meurtre.

Ecroué à la prison de Mons, il bénéficie du régime de " La pistole ". Moyennant paiement, ce traitement de faveur n’oblige pas le prisonnier à travailler et lui octroie notamment le droit de lire, d’écrire et de recevoir ses repas de l’extérieur. 

Incarcéré d'octobre 1873 à janvier 1875 dans cette nouvelle prison modèle, Verlaine vivra quelques moments de création intense. Aucune visite d'Arthur Rimbaud... Pour ce dernier, leur histoire est bel et bien terminée !

Une ultime rencontre aura lieu à Stuttgart en février 1875, quelques mois après la libération du poète maudit. S’ils n’ont plus rien à se dire, Rimbaud donne son manuscrit Les illuminations, à charge pour son ancien amant de le faire éditer !

Parcours d'une pièce à conviction célèbre !

Le revolver confisqué par la police est restitué à l’armurerie Montigny et tombe dans l’oubli jusqu’à la faillite du commerce en 1981. Le propriétaire offre alors l’objet à Jacques Ruth, l’expert, venu l’aider à dresser l’inventaire.

Ce n'est que dans les années 2000 que ce dernier se rend compte du trésor en sa possession. Une véritable enquête est menée pour authentifier l'arme de poche à grands renforts d'expertises. L'Ecole Royale Militaire de Bruxelles est notamment chargée des analyses balistiques et... Elles seront concluantes !

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