Les procès faits aux cochons !

Gravure représentant l'exécution de la truie de Falaise
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Gravure représentant l'exécution de la truie de Falaise - © Tous droits réservés

La pratique semble étonnante et pourtant, au Moyen-Age et jusqu'à l’époque moderne, partout en Europe, les procès intentés aux animaux sont monnaie courante. Parfois, considérés comme des êtres moraux, reconnus responsables de leurs actes, ils sont susceptibles d’être jugés devant un tribunal criminel ordinaire ou ecclésiastique et peuvent encourir des peines sévères.

Une truie devant le tribunal !

1386, dans la cité normande de Falaise, une truie est traînée sur la place publique, menée jusqu’à l’échafaud. L’animal est affublé de vêtements d’homme. Là, face à la foule, le bourreau lui coupe le groin, taillade une cuisse, recouvre sa tête d’un masque à figure humaine et, avant de brûler sa carcasse sur le bûcher, le pend par les jarrets.

Il s’agit là d’une exécution qui fait suite à un procès en bonne et due forme. La truie a dévoré une partie du visage et le bras d’un nourrisson de quelques mois. Le petit Jean le Maux a succombé à ses blessures et l’animal criminel arrêté et emprisonné. Le procès dure 9 jours. La bête est défendue par un avocat commis d’office, impuissant face au flagrant délit. Elle sera condamnée à subir la loi du Talion… " œil pour œil ", " dent pour dent ".

Les cochons... Seuls à être jugés ?

Au Moyen-Age, les cochons ne sont pas les seuls animaux à se retrouver devant un tribunal. Chevaux, bœufs, coqs, chiens et autres animaux domestiques sont aussi soumis à des sentences de justice. Toutefois, les porcins détiennent la palme d’or dans ce bestiaire judiciaire. Neuf fois sur dix, l’animal jugé est un cochon. Une primauté due à leur grand nombre mais aussi à leur propension au vagabondage. En effet, on les retrouve partout. Dans les rues, les jardins, sur les places… S'ils jouent le rôle d’éboueurs, leur errance est risquée et occasionne de nombreux accidents.

En outre, sa proximité biologique avec l’homme explique sa présence au tribunal.

Anatomiquement et physiologiquement, nous sommes parents... A l’époque médiévale, dans les écoles de médecine, l’Eglise interdisant la mutilation du corps humain, on enseigne l'anatomie en disséquant des cadavres de cochons !

Un avocat défenseur de rats !

Les insectes et autres animaux " fléaux " ne pouvant être jugés individuellement, ils comparaissent généralement devant un tribunal ecclésiastique où... ils sont le plus souvent excommuniés !

Vers 1520, à Autun, des rats accusés de vol de blé seront défendus avec maestria par leur avocat, Barthélémy de Chasseneuz ou Chassanée.

Procès anecdotiques ?

Longtemps perçus comme anecdotiques, ces procès intéressent de plus en plus les historiens conscients de leur importance à la fois historique et juridique. En France, entre 1266 et 1586, Le médiéviste Michel Pastoureau a repéré une soixantaine de cas. Celui de la truie de Falaise est le plus documenté.

Pour lui, " les procès faits aux animaux constituent de véritables exemples ritualisés qui mettent en scène l’exercice parfait de la " bonne justice " "

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