Le violeur, un criminel en série banalisé par la justice?

Julie Van Espen, une jeune anversoise de 23 ans a été assassinée.
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Julie Van Espen, une jeune anversoise de 23 ans a été assassinée. - © Tous droits réservés

Aujourd’hui, l’émoi s’exprime partout. Une jeune fille de 23 ans assassinée par un violeur laissé en liberté… Cela bouscule, cela ouvre des tribunes pour s’insurger. Pourquoi était-il dehors ? Pourquoi la justice a-t-elle pris autant de temps ?... Mais une autre question s’ajoute à notre réflexion : quand va-t-on prendre conscience de la dangerosité réelle des violeurs ?

Le viol: un crime encore banalisé

Dans le cadre de notre enquête sur le violeur de la Sambre, ce Français qui aurait, pendant 30 ans, violé des dizaines de femmes en toute impunité, nous avons été effarés d’entendre comment ce type de crime restait encore banalisé.  Ceux qui banalisent n'étaient pas que des voisins égarés mais aussi des membres des forces de l'ordre. 

Le viol est encore considéré comme un dérapage, « un jeu sexuel qui aurait mal tourné » dira Danièle Zucker, analyste du comportement criminel, spécialiste des crimes sexuels.  De par son expérience, elle démontre comment la Justice a encore trop souvent tendance à « sermonner » le violeur : « Tu as dérapé, attention, il ne faut plus recommencer.»

la place des victimes

On pourrait aussi longuement s’attarder sur la place laissée à la victime, sur les questions que certains osent poser. Mais en fait, une jeune fille de 23 ans peut-elle se déplacer seule à vélo un samedi soir ? Cette question vous choque ? Nous aussi.   Et pourtant…la loi du « Yakapa » comme la nomme notre spécialiste est encore bien vivace : yakapa s’habiller comme ça !, yakapa faire un jogging seule !,yakapa rejoindre ses amis à vélo … la liste des préjugés qui collent aux victimes des violence sexuelles est longue et aussi insoutenable que tenace !

... et le profil des violeurs

Sur fond de cette banalisation liée à une méconnaissance non assumée du profil d’un violeur, toutes les libérations peuvent alors se justifier. Mais le violeur, lui, reste aussi dangereux que le jour de son arrestation. La dramatique preuve de cela se lit dans les yeux des parents de Julie Van Espen.

Danièle Zucker plaide depuis des années pour sensibiliser chaque maillon de la chaîne sur le caractère récidiviste de ces criminels. « Cela n’a rien de sexuel, c’est une volonté de pouvoir et de domination, poursuit-elle, et si on ne l’arrête pas, le violeur recommencera ».

On pourrait aussi s’arrêter longuement sur les raisons qui font que le viol soit, à ce point, rangé sur la liste des crimes de seconde zone. Le sexe, la domination, « l’objetisation » de la femme, le macabre fantasme…

On préfère penser que la mort de Julie Van Espen provoquera une prise de conscience sur la dangerosité réelle des violeurs. Sur leur prise en charge adaptée. Et non un énième débat stérile sur fond de : « Mais comment est-ce possible… » ?

 

Malika Attar

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