Le portrait de la semaine: Marie met sa liberté en jeu contre les OGM

Le portrait de la semaine: Marie met sa liberté en jeu contre les OGM
Le portrait de la semaine: Marie met sa liberté en jeu contre les OGM - © Tous droits réservés

Une saga judiciaire qui a un dénouement inattendu

Le 29 mai 2011, le mouvement citoyen anti-OGM, le Belgian Field Liberation Movement, menait une action pour détruire un champ de pommes-de-terre OGM à Wetteren en Flandre-Orientale. Sur place, la police procédait à l’arrestation d’une trentaine de militants. Résultat : 11 personnes inculpées pour les dégâts occasionnés sur la culture de pommes de terre. Parmi elles, Marie Smekens, une ingénieur agronome originaire de Dour, dans le Hainaut. Nous l’avions rencontré en septembre 2013 lors de son procès. Qu’est-elle devenue ? La jeune femme poursuit-elle sa lutte contre les OGM ?

Des rebonds dans l’affaire des patates OGM

En janvier 2013, Marie et les dix faucheurs volontaires sont convoqués au tribunal de première instance de Termonde. Les chefs d’accusations : détérioration d’une culture de pommes-de-terre OGM. Au terme de l’audience, ils sont condamnés à une peine de six mois de prison ferme pour association de malfaiteurs, destruction de barrières et arrachages de plants. Une sentence disproportionnée au regard du crime commis par les “patatistes”. " La peine était tellement sévère que les gens ont réagi en nombre pour manifester leur désaccord. A chacune des audiences, nous étions accompagnés par des citoyens, des politiciens et des ONG venus soutenir notre action ".

En septembre de la même année, la peine des manifestants est revue à la baisse et les six mois de prison ferme se transforment en trois mois de prison avec sursis. Mais la décision ne satisfait toujours pas les inculpés qui estiment qu’en les condamnant, la justice donne raison à l’Institut de Recherche sur l’Agriculture et Pêche qui procède à la culture de plantes génétiquement modifiées.

Les prévenus tentent alors l’opération de la dernière chance et font appel. Verdict : le juge les acquitte en décembre 2013. " En définitive, nous n’avons dû payer qu’une amende de 30 000 euros. C’était normal que nous dédommagions les dégâts occasionnés lors de notre action. Nous avons pu régler cette somme grâce aux ventes de produits et bières bio que nous avions organisées en prévision, justement, de l’argent qui allait nous être réclamé. "

Comment expliquer une telle différence de peine entre la première et la dernière audience ? Pour Marie, la réponse est simple : " les deux juges qui ont examinés notre dossier ne partageaient pas le même point de vue sur la question. Le dernier juge a été beaucoup plus compréhensif. Il a écouté tous nos témoins contrairement à la juge précédente qui avait refusé de les entendre et restait braquée sur les dégâts matériels que nous avions causés. "

" Il y a un temps pour tout "

La saga judiciaire dans laquelle Marie a été impliquée ne l’a pas pour autant dissuadé de continuer à défendre des causes qui lui tiennent à cœur. Néanmoins, ses responsabilités parentales ne lui permettent plus d’être aussi active qu’à l’époque. " Participer à des actions de cette ampleur demande un investissement en temps très important. Aujourd’hui, je me consacre surtout à mes enfants et à ma famille. Je mène des actions concrètes dans ma vie de tous les jours et agit à mon niveau ".

Depuis notre reportage, Marie a cessé son activité d’ingénieur-agronome pour devenir expert énergétique. Aujourd’hui, elle se charge de délivrer des certificats de performance énergétique (CPE) pour les habitations et d’aider les propriétaires à maîtriser le niveau d’énergie de leur maison. En parallèle de sa vie familiale et professionnelle bien remplie, la Douroise continue de se tenir informée de la législation appliquée sur les OGM. " Après que le champ de pommes-de-terre de l’Institut de recherche en agriculture et pêche (ILVO) ait été abîmé, l’université a repris la culture d’OGM. "

OGM : la Flandre les autorise, la Wallonie les bannit

L’essai en champ de ces pommes-de-terre génétiquement manipulées pour résister au mildiou fait partie d’un programme d’expérimentation initié par quatre instituts de recherche flamands : l’Institut de Recherche sur l’Agriculture et la Pêche (ILVO), l’Université de Gand (UGent), la Haute Ecole de Gand (Hogent) et l’Institut Flamand de Biotechnologie (VIB). " La couverture médiatique de l’arrachage des patates et du procès qui a suivi a eu des conséquences défavorables pour l’ILVO qui a accusé une perte de notoriété importante. "

Grâce à la révision d’une directive européenne de 2001, les pays membres de l’Union Européenne sont libres, depuis le mois de mars 2015, de s’opposer à ce que des plantes transgéniques soient cultivées sur tout ou une partie de leur pays. La région wallonne a profité de l’occasion pour demander que son territoire soit exempt d’OGM. De son côté, la Flandre n’a pas exprimé le souhait d’interdire la culture d’organismes génétiquement modifiés. Attention cependant que l’Etat belge autorise les cultures d’OGM à des fins de recherche seulement. L’exploitation de plantes transgéniques à vocation commerciale reste strictement interdite dans notre pays. Mais jusqu’à quand ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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