Le portrait de la semaine: les graines illégales de Catherine

Le portrait de la semaine: les graines illégales de Catherine
Le portrait de la semaine: les graines illégales de Catherine - © Tous droits réservés

Puisque la législation ne le permet pas, elle vend des semences "illégales"

Productrice de semences bio, Catherine Andrianne gère sa société semencière de main de maître. Son commerce de graines biologiques, Semailles, ne désemplit pas. L’incessant va-et-vient de ses clients témoigne du succès que rencontrent ses semences paysannes. Nous avions dressé son portrait il y un peu plus d’un an dans une émission dédiée à la désobéissance civile.

Semailles commercialise des semences non inscrites dans le catalogue européen des espèces et variétés. Une activité qui, si elle permet de sauvegarder notre patrimoine et de lutter contre la perte de biodiversité, est illégale. Pourtant, Catherine n’en démord pas. Depuis la diffusion de son portrait, en 2014, elle a ajouté une soixantaine de variétés de semences supplémentaires à son inventaire. Avec l’achat de ces nouvelles graines, le nombre de semences proposées atteint plus de 600 espèces différentes.

La réforme du commerce des semences en stand-by

A la vision du reportage consacré à Semailles, les clients de Catherine se sont étonnés de la complexité de la législation européenne sur la commercialisation des semences. La plupart d’entre eux ignoraient tout des réglementations qui encadrent la vente de semences paysannes et étaient loin d’imaginer l’impact que peuvent avoir de telles lois sur notre biodiversité.

A l’heure actuelle, la réforme de la législation sur le commerce des semences est au point mort. Mise en application, elle simplifierait l’enregistrement de variétés dans le catalogue européen et autoriserait les micro-entreprises (de moins de dix employés et dont le chiffre d’affaire est inférieur à 2 millions) à commercialiser des variétés de semences non enregistrées. D’un autre côté, cette même réforme faciliterait la commercialisation de semences brevetées dont la conservation et la reproduction sont interdites et entraînerait inexorablement une perte de biodiversité.

L’ombre du TTIP plane sur le secteur semencier

Il n’est pourtant pas dans l’intérêt des producteurs de semences de refuser cette réforme qui, si elle présente des lacunes, s’avérerait bénéfique pour le secteur semencier. La rejeter nous ramènerait à des directives bien moins adaptées aux droits des agriculteurs et conduirait les députés européens à reformuler leurs propositions sous la pression directe des Etats-Unis et du fameux TTIP, Traité de libre-échange transatlantique. Néanmoins, les producteurs demandent aux députés européens d’améliorer cette réforme et de l’étendre à toutes les espèces cultivées, sans exception.

Si Catherine prévoit que la situation se débloque rapidement, sa situation et celle de Semailles reste floue. En attendant qu’un cadre législatif soit clairement défini, aucun contrôle spécifique à la commercialisation des semences paysannes n’est effectué. En effet, l’un des enjeux de la réforme du commerce des semences est de déterminer qui de l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) ou de la DGRNE (Direction Générale des Ressources Naturelles et de l’Environnement) se chargera de ces inspections. Un scénario complexe voire surréaliste à l’image de notre politique.

Catherine poursuit donc le commerce de ses semences paysannes en toute illégalité, mais en toute sérénité. Et ce, pour le plus grand plaisir de clients toujours plus nombreux.

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