Un "Macbeth" contemporain aux couleurs de l’Afrique

A l’Atelier Jean Vilar et au Théâtre de Liège.

CRITIQUE

Voilà plusieurs années que Guy Theunissen et sa compagnie La Maison Ephémère (qu’il codirige avec Brigitte Baillieux), collaborent avec des artistes et des écrivains africains, d’ici et de là-bas. Des liens très forts se sont ainsi noués entre les deux continents, donnant naissance à des spectacles multiculturels : textes originaux ou classiques revisités, comme ce fut le cas pour le délicieux "Georges Dandin in Afrika". Cette fois c’est un autre monument de la littérature auquel il se confronte : Shakespeare.

Monter "Macbeth", c’est choisir une des pièces les plus violentes sur le pouvoir et ce dont les hommes sont capables pour le conquérir et le garder. Bien des metteurs en scène y ont projeté leurs idées et leur esthétique. N’est-ce pas un thème universel, en effet, qui peut se transposer à toutes les époques et toutes les latitudes ? Dès lors, pourquoi ne pas le situer dans l’Afrique contemporaine avec une équipe multiculturelle ?

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Un Macbeth © Véronique Vercheval

Guy Theunissen a donc lui-même adapté le texte original en vue de son ambitieux projet : retour aux sources des différentes traductions, ajouts, modifications… Comme chez Shakespeare, vous serez accueillis par les sorcières, sombrement vêtues façon gothique baroque, et dont l’une d’elles est un acteur noir. Surprise : elles décochent en anglais leurs prophéties, une option dictée peut-être par le souhait de retourner à l’âpre beauté de la langue élisabéthaine pour ces créatures d’un autre âge. Mais rassurez-vous : pour le reste, c’est bien du français que vous entendrez.

De nouveaux personnages voient le jour : deux pimpantes servantes viendront balayer le plateau à plusieurs reprises (pour nettoyer la crasse qui s’amoncelle dans les âmes ?). Elles chantent, dansent et commentent les événements du jour, un peu comme un chœur antique. Là aussi, une blanche côtoie une noire. Le metteur en scène a donc métissé la distribution, y compris pour le couple infernal interprété par Anne-Pascale Clairembourg et Denis M’Punga. Magistral, celui-ci débarque en uniforme militaire moderne et béret rouge, et l’on ne peut s’empêcher de songer à Mobutu, commanditaire du meurtre de son rival Lumumba, même si bien d’autres politiciens, traîtres à leur idéal et à leurs promesses, se profilent derrière lui. La nombreuse distribution réunit des comédiens, non seulement d’origines diverses, mais aussi polyvalents, également chanteurs et danseurs. Tous ces talents éclatent dans une mise en scène qui offre une place importante à la musique et à la danse. Là aussi règne le métissage : les sonorités proviennent autant du rock et de la musique classique que des rythmes africains et de l’électro. Et des percussions peuvent s’infiltrer dans un menuet.

Le scénographe Michel Suppes a imaginé de hautes colonnes que l’on déplace (un peu trop souvent) au gré des péripéties. Un grand écran déployé en fond de scène accueille des images en résonance avec les événements et/ou les états d’âme des protagonistes. Des clichés de guerre et de destruction ouvrent et referment le spectacle, et entre ces deux moments, la mer, en gros plan, étale ses humeurs changeantes, de la sérénité aux colères extrêmes.

Au total, un Shakespeare d’aujourd’hui aux couleurs de l’Afrique, et qui séduira notamment les jeunes générations. Vous n’y retrouverez peut-être pas "votre" Macbeth, mais la découverte ne vous laissera pas indifférents…

En pratique

"Macbeth" d’après Shakespeare

Adaptation et mise en scène : Guy Theunissen

Avec : Philippe Allard, Hippolyte Bohouo, Anne-Pascale Clairembourg, Caroline Donnelly, David Ilunga, Doris Meli, Denis M’Punga, Virginie Pierre, Fabrice Rodriguez, Anne Schmitz

A voir à l’Atelier Jean Vilar jusqu’au 21 février et au Théâtre de Liège du 3 au 6 mars.