"Ton joli rouge gorge". Une utopie comique dans un monde transgenre.

" Ton joli rouge-gorge" Clinic orgasm society
" Ton joli rouge-gorge" Clinic orgasm society - © Alice Piemme

Depuis le surprenant "J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie", l’épatante Clinic Orgasm Society met en scène un/des couple(s), se posant des problèmes de couple/genre sur le mode du conte burlesque, à 1000 lieues du réalisme.

Surtout pas de "théâtre", non plus : pas d’histoire(s) bien construite(s), pas de ligne du temps, pas de psychologie mais un jeu sur les codes de la société et les modes de représentation. Chaque acteur/trice apporte sa petite pièce humoristique à un puzzle imparfait, incomplet donc intéressant. Le style "foutraque" est revendiqué comme une nécessité esthétique par Ludovic Bath et Mathylde Desmarez, les "permères" fondateur/trice de cette curieuse clinique.

A défaut d’histoire, il y a une proposition de conte avec un thème de base, comme un théorème. Supposons réalisée dans le futur lointain, l’actualité des transgenres étendue à l’ensemble de la société. Tout le monde est désormais homme et femme à la fois, Freud nous l’a martelé, il y a plus d’un siècle. Mais ici on est un siècle… plus tard, Jules a une perruque de femme et des petits seins souvent exposés mais il/elle est vachement mec(que) dans les parties de foot. Tou(te)s portent des jupes et robes bariolées et des perruques multicolores, pas bêtement binaires (bleu mâle et rose femelle). Tou(te)s ont adopté l’orthographe inclusive qui neutralise les aspérités mentales du sexe biologique.

Tous sont de "grands enfants", d’éternels adolescents plutôt, censés jouer avec les codes vestimentaires et esthétiques mais ils sont très " vissés " aux années 1980, un siècle au moins avant le présent de la fable du rouge gorge. Enfin dans la " colonie de vacances " qu’ils forment ils ont un point commun : ils sont tous atteints d’une maladie mystérieuse qui se caractérise par des vomissements accompagnés, au niveau du langage articulé, d’une régression machiste et homophobe comme si l’inconscient venait démentir la fable idyllique d’une paix possible hors genre. Chassez le naturel…

La morale, un peu creuse (et joyeusement pessimiste) de ce conte "rétro-futuriste" : vivez vos rêves mais la régression vous guette.

La morale du spectacle : avec une simple trame, même vague et volontairement foutraque d’excellents acteurs réussissent une belle performance : nous faire rire (souvent) et réfléchir (un peu). Gwen Berrou, un Jules erratique, Yoann Blanc, clown tendre et pervers et Adrien Desbons le robot bienveillant forment un trio délicieux qui rend la vague utopie concrète et juteuse.

Ton joli rouge-gorge par la Clinic Orgasm Society de Ludovic Barth et Mathylde Desmarez

- Au Théâtre Varia jusqu’au 1er février

- Au Théâtre de Namur du 19 au 22 février

Christian Jade (RTBF.be)