Stéphanie Blanchoud ou le plateau comme ring de boxe

Stéphanie Blanchoud
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Stéphanie Blanchoud - © M.Marchand

A peine délestée de l’uniforme d’inspecteur qu’elle portait dans la série Ennemi Public, Stéphanie Blanchoud nous revient sur les plateaux de théâtre avec deux pièces écrites de sa main : jusqu’à samedi, c'était Jackson Bay qu’elle mettait en scène en scène, et du 3 mars au 1er avril, elle incarnera le personnage de Je suis un poids plume au Théâtre des Martyrs.

Interview

Dans ces deux textes, c’est le thème de la perte qui est abordé : le deuil dans Jackson Bay, et la rupture amoureuse dans Je suis un poids plume.

Stéphanie Blanchoud : Sans doute est-ce un thème qui me tient à cœur, mais il existe aussi un autre point commun : quelque part elles sont organiques, et j’ai beaucoup travaillé sur le corps avec les acteurs dans Jackson Bay. Et dans Je suis un poids plume, le thème amène forcément cette approche puisqu’il s’agit d’une femme qui se sépare et qui va trouver dans l’apprentissage de la boxe de quoi se relever ; il y a là aussi évidemment tout un travail sur le corps. Donc effectivement le thème de la perte est présent, mais en même temps je pense que c’est plutôt un appel à la vie. Il y a peut-être quelque chose de plus lumineux dans Je suis un poids plume que dans l’autre pièce : on va vers le meilleur, on découvre en une heure le parcours de cette femme et sa relation à l’autre qui évolue, et puis son corps qui prend confiance, donc du coup sa tête qui prend confiance elle aussi, son cœur qui s’apaise un peu. A la fin de Jackson Bay, il y a aussi un appel à la lumière, mais on va vers quelque chose de plus sombre, je ne sais pas si à la fin les personnages de Jackson Bay vont vraiment avancer, tandis que dans Je suis un poids plume, oui clairement.

Vous l’avez dit, la boxe est très présente dans Je suis un poids plume. Et c’est plus qu’une métaphore, c’est un sport que vous pratiquez dans la vie.

Oui, je pratique la boxe depuis presque cinq ans une à deux fois par semaine, donc je ne suis pas du tout une grande championne. C’est l’entraînement de la boxe qui me plaît et ça m’a vraiment sauvée à un moment de ma vie où c’était compliqué, après une rupture. Donc cette chose-là, je pense qu’elle peut parler à tout le monde : les lendemains de séparation, où peut-on aller puiser, dans quoi peut-on aller chercher pour se relever ? Et je me souviens qu’à ce moment-là, je me suis dit : j’ai envie de reprendre le sport, mais quelque chose d’extrême. Je suis une grande sportive, j’ai beaucoup joué au tennis, et puis j’ai arrêté quand je suis entrée au Conservatoire. Comme j’ai beaucoup d’énergie, j’ai regardé du côté des sports de combat, et je suis tombée, grâce à internet, sur un club de boxe et j’ai testé. J’ai eu un vrai coup de cœur pour le coach de ce club, et c’est grâce à lui et à son talent de transmission que j’ai continué la boxe. Aujourd’hui je ne pourrais plus m’en passer. De plus la boxe m’a aussi beaucoup apporté comme actrice : il y a des liens entre acteur et metteur en scène d’un côté, et boxeur et coach de l’autre. Des deux côtés il y est question de discipline, de transmission, de respect, de confiance, de tension entre concentration et détente. Donc très vite j’ai eu envie d’écrire quelque chose là-dessus. Mais il a fallu attendre que les années passent pour prendre une certaine distance, pour mesurer l’endroit où ça allait pouvoir toucher le plus de monde possible et devenir ainsi plus universel. C’est donc une histoire d’avant-hier que je raconte, qui démarre comme dans ma vie à moi et qui ensuite part vers une fiction.

Vous avez une formation de comédienne. Comment vous est venue l’envie d’écrire pour le théâtre ?

J’aime écrire pour le théâtre parce que j’aime écrire pour des corps. Je sais souvent pour qui j’écris. Dans Jackson Bay, par exemple, je savais que j’écrivais pour Philippe Jeusette et Véronique Olmi. J’ai toujours écrit, même avant d’entrer au Conservatoire. Et après, j’ai vite eu envie d’écrire pour pouvoir jouer d’autres rôles que ceux qu’on me proposait. C’est un besoin ; j’aime imaginer comment mes mots prendront forme sur un plateau. Et maintenant j’ai aussi un projet d’écriture pour le cinéma. J’aime les dialogues, j’aime me dire que j’écris pour un certain type de corps, de voix, de rythme, j’aime la musique que cela enclenche. Je crois que l’écriture était même là avant l’envie de jouer.

Vous avez écrit des pièces de tonalités très différentes, parfois des comédies. Mais même ici, dans Jackson Bay, une pièce plutôt grave, il y a des notes d’humour. C’est une nécessité ?

Oui, j’aime bien pousser un peu les curseurs, j’aime quand les couleurs sont un peu poussées, pour que le spectateur puisse s’identifier et que les acteurs aient une matière à jouer sur le plateau. Et donc c’est important qu’il y ait des notes d’humour et de légèreté, c’est vraiment là-dessus que je travaille, il faut que ce soit très contrasté comme dans la vie, comme dans les montagnes russes. Dans Je suis un poids plume, c’est pareil. Le personnage vit une séparation, mais en même temps il y a quelque chose d’assez drôle dans certains aspects du quotidien : le partage des meubles, les coups de fil au propriétaire, ... Mais bien sûr il y a aussi l’émotion face à la rupture, donc c’est un va-et-vient entre légèreté et combat.

C’est vous qui signez la mise en scène de Jackson Bay. Ce n’est pas la première fois que vous mettez en scène une de vos propres pièces. Vous ne préférez pas un regard extérieur sur votre texte ?

J’ai adoré mettre en scène Jackson Bay, et je savais en l’écrivant que j’allais le mettre en scène. Et du coup ça a enclenché autre chose dès le début du processus d’écriture. Avant j’avais besoin qu’il y ait un regard extérieur sur mon écriture, aujourd’hui de moins en moins. Et j’avoue que j’éprouve beaucoup de plaisir à me dire que j’écris dans l’optique de mettre en scène mon texte après. C’est comme si j’allais au bout de mon rêve, et j’adore cet exercice-là.

Vous êtes aussi chanteuse et c’est vous qui écrivez les textes de vos chansons. On devine que c’est aussi par le biais de l’écriture que vous en êtes arrivée à aborder ce domaine.

Oui, et c’est vraiment le hasard : au Conservatoire, des cours de chant avec Annette Sachs, et tout à coup la découverte, encore une fois physique, du plaisir de chanter. Et du coup je me suis dit : tiens, si j’écrivais des chansons. Je suis toujours mes envies, j’ai un côté très impulsif ou très instinctif qui fait que, tout à coup, je vais me lancer dans une aventure plutôt musicale ou plutôt théâtrale. Et puis il y a la vie et les rencontres qui jouent aussi. La musique est venue après, mais je n’ai pas envie de la lâcher parce qu’elle est importante pour moi, elle est comme une petite bulle dans laquelle je me réfugie de temps en temps. Oui, c’est vrai que la chanson est venue par l’écriture ; au début je faisais appel à des compositeurs pour m’écrire des musiques.

Depuis peu, vous jouez aussi au cinéma, et on a pu vous voir récemment dans la série TV Ennemi public. Une nouvelle corde à votre arc ?

J’adore tourner, déjà dans les deux films qui ont précédé Ennemi public et où j’avais des petits rôles. C’était chaque fois une très belle expérience et je me sens très à l’aise à cet endroit-là du jeu. Pour moi c’est tout aussi important que d’être sur un plateau de théâtre. J’aime le jeu devant la caméra, tout ce que cela permet. J’aime vraiment les deux. C’est un bonheur d’interpréter de grands textes sur une scène, mais sur un tournage, il y a quelque chose de très énergisant, de " sur l’instant " qui me plaît beaucoup. Au théâtre, j’aime répéter, chercher, mais cela m’ennuierait de jouer six mois la même pièce. Ici en Belgique, on joue un mois ; pour moi c’est la durée parfaite, on a le temps de chercher, d’être en contact avec le spectateur, ce qui est magique, mais … six mois comme à Paris, non merci!

 

Je suis un poids plume, texte et interprétation de Stéphanie Blanchoud

Mise en scène de Daphné D’Heur

Au Théâtre des Martyrs du 3 mars au 1er avril