Sopro, de Tiago Rodrigues : l'amour du théâtre, une petite musique pleine de grâce ****

"Sopro" de Tiago Rodrogues
"Sopro" de Tiago Rodrogues - © Christophe Raynaud de Lage

Au Théâtre de Liège du 23 au 25 octobre, Sopro, le spectacle du metteur en scène portugais Tiago Rodrigues avait été présenté au Festival d’Avignon en 2017.

La critique de juillet 2017

Quand vous pénétrez dans le Cloître des Carmes, un des lieux les plus fascinants d’Avignon, les murs anciens semblent avoir été ravagés par un incendie et des plantes ont poussé dans les interstices du sol. Une petite dame grisonnante, de noir vêtue et armée d’une partition parcourt la scène et à l’apparition de chaque actrice/teur semble lui dicter et sa partition et son espace sur le plateau. Comme si elle jouait plusieurs rôles, metteur en scène, régisseur et … souffleuse... visible.

Au centre de l’interrogation le rôle du souffleur ou plutôt de la souffleuse, ici Kristina Vidal qui occupe cette fonction en voie de disparition au Teatro Nacional de Lisbonne depuis 1978. Pas de biopic mais une fable à plusieurs dimensions,  une allégorie du théâtre comme (petit) métier menacé de ruine et disparition à l’horizon 2070. Ou encore un sport d’équipe où les acteurs sur scène se passent le "relais" du rôle de souffleur, central, comme une mémoire collective de toute leur profession, de leur vie autour de ces rôles. Le plaisir est multiple puisque la question centrale  : "le théâtre est-il un objet condamné à mort ?" est traitée en douce, sans insistance. Et que le vrai centre, c’est la démonstration du contraire, la belle énergie, indestructible, de ces acteurs dans des répliques jouissives des "Trois Sœurs" de Tchékov, d’Antigone (LA vedette 2017) ou de "Bérénice" de Racine.

Le faufilage subtil de ces "morceaux choisis" est d’une infinie tendresse et permet à une vraie troupe d’exprimer toutes ses sensibilités : ce n’est pas par hasard si le modèle de Tiago Rodrigues est le collectif flamand TG Stan, rencontré à 20 ans, et qui "marque définitivement son attachement à l’absence de hiérarchie au sein d’un groupe en création".

Au total, ces acteurs inspirés, jamais emphatiques, tressent dans la douce nuit d’Avignon un hommage sensible au théâtre d’art, un théâtre de création collective.