"Soleil couchant" au Petit Varia

Soleil couchant, de et par Alain Moreau
Soleil couchant, de et par Alain Moreau - © Angela Malvasi

Plus "tof" que jamais, le théâtre d’Alain Moreau touche et émerveille.

 

Critique ***

Il s’avance d’un pas lent et mal assuré, un sac poubelle dans sa main tremblotante. Crâne chauve, grosses lunettes, cravate impeccable. Mais il faudrait dire "ils" car Jean n’est pas seul, un homme en chair et en os l’habite, lui prête son corps, lui insuffle ses mouvements ; il a glissé ses jambes dans le pantalon de son "double" et son bras gauche dans la manche de la chemise, l’autre main manipulant la tête. Jean est une des nombreuses créatures auxquelles Alain Moreau a donné vie dans son atelier de bricoleur prodigieux. Voilà trente ans que ce Gepetto de la frigolite fabrique pour le Tof Théâtre des marionnettes de toutes tailles et de toutes physionomies, à manipuler selon les techniques les plus diverses.

Jean s’apprête à déposer le sac dans la décharge, mais son corps déclinant le trahit et il trébuche. Rideau. Nous retrouvons notre homme sur une plage ensoleillée. Il a disposé autour de lui de petits drapeaux qu’il essaie maladroitement de planter dans le sable. Derrière lui, un monticule qu’il vient sans doute de construire avec sa vieille pelle rouillée. A ses côtés, une petite valise d’où il sortira l’un après l’autre les menus trésors emportés pour accompagner cette fin d’après-midi : une bouteille de bière, un morceau de tissu dont il respirera le parfum… Mais qu’est-il donc venu faire sur cette plage solitaire ? Revivre les vacances de son enfance? Porter un dernier toast à la vie ? Il ne nous le dira pas car il est muet, comme la plupart des marionnettes du Tof. Mais ses gestes parlent, et son regard rêveur perdu dans les souvenirs.  Quelques pas de danse esquissés, une alliance qui a roulé dans le creux de sa main… des gestes ténus, comme filmés au ralenti, et qui racontent l’histoire d’une vie au rythme du bruit des vagues. Alain Moreau nous dessine un portrait tendre et émouvant de la vieillesse, sans pathos mais bien loin aussi de la vision noire et ricanante d’un Beckett. Et on sourit parfois, car au Tof l’humour a toujours sa place, même s’il n’est jamais que la politesse du désespoir. Alain Moreau s’amuse ainsi à jouer sur le thème du double. Il fait tellement corps avec sa marionnette que le regard du spectateur se dirige spontanément vers elle, mais au fur et à mesure que se meurt le jour, il détourne de temps à autre ce mouvement, apparaissant dès lors comme le manipulateur qui sourit à sa créature ou trinque avec elle.

Infos pratiques

"Soleil couchant" de et par Alain Moreau (Tof Théâtre)

A voir au Petit Varia jusqu’au 17 mars

Ce spectacle est destiné à un public adulte.