"Soissons dans l'Aisne" au Théâtre de Poche : chronique douce-amère d'une cure de désintoxication

Riton Liebman sur la scène du Théâtre de Poche
Riton Liebman sur la scène du Théâtre de Poche - © Svorock

CRITIQUE ***

Riton Liebman, saison 3 

C’est un feuilleton autobiographique que nous propose Riton Liebman au Théâtre de Poche depuis quelques années. Après "Riton renégat" et "La vedette du quartier", nous voici arrivés au troisième volet de la série : nous avons laissé le héros déçu dans ses espoirs d’embrasser une brillante carrière cinématographique.

Ambiance dancefloor : Riton Liebman se trémousse au son d’une musique tonitruante et on le voit sniffer en douce une ligne de coke. Ce temps-là est passé, mais il n’en est pas libéré pour autant de l’emprise des drogues. Comme bon nombre de toxicos, il a trouvé une astuce pour se mentir à lui-même et aux autres : ce sont les pharmacies qui lui fournissent, à un prix dérisoire et sans ordonnance, la substance qui lui permettra d’affronter une nouvelle journée. Sous la forme d’un banal médicament contre la toux, le Néo-codion.

Et puis c’est la rencontre avec Dominique, et l’amour fou qui le fait escalader les grilles d’un parc pour offrir des fleurs à sa dulcinée… Un peu de frime aussi, et des mensonges… jusqu’au jour où il passe aux aveux. Sa décision est prise : il ira en cure de désintoxication au château de Bussy-le-Long, près de Soissons. Ce sera la première et la dernière.

C’est un bonheur de retrouver Riton Liebman, pareil à lui-même, sa présence nonchalante, son humour pince sans rire, même dans les moments les plus sombres, son ironie douce-amère et la pudeur qui entoure ses confidences les plus personnelles. S’il parle encore et toujours de lui-même, ce nouvel opus est aussi une sorte de chronique mi sérieuse mi amusée de son séjour dans l’Aisne, au gré des thérapies de groupe et des rencontres qui ont ponctué ces "cinquante-six jours d’abstinence totale de tout produit modifiant le comportement". C’est une galerie de portraits qui défilent, croqués par une plume à la fois acérée et bienveillante, en empathie avec ces compagnons d’infortune : vous rencontrerez La Tige, insomniaque surnommé "le fantôme du château", Beau Daniel, multirécidiviste aux innombrables conquêtes féminines, Gérard, vieil alcoolo solitaire, ou encore Samir et ses casses foireux qui mourra en prison d’une overdose de médicaments … Et la jeune Céline, "Miss bonne élève", toujours prompte à distribuer ses conseils, qui retombera dans la dépendance comme tant d’autres.

Même s’il s’agit d’un (petit) château, on ne rencontre pas des stars à Bussy-le-Long. Ce centre public, ouvert à tous, renvoie l’image de notre société, ses paumés marginaux mais aussi Monsieur et Madame Tout-le-Monde, tous ceux qui, comme l’auteur, ont un jour basculé, sans trop savoir pourquoi. Sous le regard complice de Gabor Rassov, et sans accessoires ni images superflues, Riton Liebman nous amuse, un peu, et nous touche, beaucoup. Son spectacle est aussi un message d’espoir, mais sans discours moralisateur : si nous savons que beaucoup resteront  enfermés dans leur addiction, nous constatons aussi qu’il est possible, au prix d’un courageux travail sur soi-même, d’en sortir. Avis à tous les professeurs qui souhaitent aborder cette question avec leurs élèves.

EN PRATIQUE

"Soissons, dans l’Aisne" de et par Riton Liebman

Mise en scène : Gabor Rassov

A voir au Théâtre de Poche jusqu’au 22 février