Festival XS : Short is beautiful !

Horizon
Horizon - © Johann Walter Bantz

Si vous aimez les menus " tapas " ou " dégustation " qui invitent à goûter brièvement mais intensément des saveurs multiples, alors le Festival XS est pour vous. En une seule soirée vous pourrez découvrir une dizaine de spectacles venus d’horizons différents : théâtre, cirque, danse, marionnettes, magie … Ce foisonnant parcours vous mènera dans tous les recoins du Théâtre National, des caves aux terrasses, avec aussi un prolongement extra muros, sur la place de la Bourse, en accès libre. La formule a fait ses preuves puisqu’elle en est à sa 7e édition.

Comment expliquer ce succès ? Réponse d’Alexandre Caputo, directeur du festival :

Alexandre Caputo : Contrairement à ce qu’on dit souvent, le public a besoin de découvrir de nouvelles formes, de regarder le monde autrement. Et la formule du court permet justement de se confronter à toutes sortes d’univers différents au cours d’une même soirée. C’est d’autant plus nécessaire en cette période de repli sur soi. Il faut éviter de s’enfermer dans une seule vision et accepter le dialogue que permet le théâtre. Le Festival XS est pluridisciplinaire, il mêle théâtre, danse, cirque et magie nouvelle. Il se veut espace d’expérimentation, à la fois pour les artistes et pour le public.

Le Festival XS ne correspond-il pas au zapping dans l’air du temps ?

Il est vrai que j’appartiens à la génération zapping ; je zappe et je peux me trouver à la fois au téléphone, sur mon ordinateur et devant la télévision. Mais le Festival XS ne s’inscrit pas du tout dans cette ligne-là. On est dans un cadre de travail professionnel, avec des moments de représentation qui se passent le plus souvent dans le noir. On ferme les portes et les gens n’entrent plus, il y a une qualité d‘écoute, personne ne téléphone pendant le spectacle. Et donc le propre du zapping, c’est-à-dire de passer d’une chose à l’autre, n’existe pas, en fait dans XS. Le public et les artistes se dédient entièrement à une seule expérience à la fois. Que la durée soit courte ou longue me semble tout à fait secondaire. Et nous sommes très exigeants aussi bien pour la réalisation des spectacles que pour la qualité d’écoute.

La durée des spectacles varie de 10 à 25 minutes, et le concept de base du festival reste bien celui de la forme courte, même si par la suite, certains artistes choisissent de recréer leur oeuvre en version longue.

Je considère la forme courte scénique comme on envisage un court-métrage au cinéma ou une nouvelle en littérature. Certains courts-métrages débouchent sur des films longs, certaines nouvelles vont donner des romans. Mais il y en a d’autres qui conservent leur forme première, et c’est très bien ainsi. Il ne faut pas généraliser. Si des artistes veulent poursuivre l’aventure pour créer une forme longue, pourquoi pas ? Vous voulez des exemples ? Alain Moreau a créé Dans l’atelier, un chef-d’œuvre qui dure 17 minutes ; des années après, le spectacle tourne encore et dure toujours 17 minutes. Il n’a pas souhaité l’allonger, et dans ce cas, je crois qu’il a eu tout à fait raison. A l’inverse, la compagnie Night Shop a créé ici la forme courte de Silence, et quelque mois plus tard, elle a présenté à Huy la forme longue qui a récolté de nombreux prix. Par la suite, la compagnie a tourné avec la forme longue et la forme courte. Donc c’est à chacun de voir. Mais ce qui est important, c’est que le festival n’est pas le lieu de présentation d’une étape de travail, c’est vraiment la rencontre entre des œuvres courtes et des publics. C’est un défi pour les artistes, mais je pense que c’est aussi un espace nécessaire qui leur permet, à côté de productions lourdes et longues, de s’offrir un temps de respiration et de création plus court. Si le théâtre est peu coutumier de ce format XS, le cirque et la danse le sont beaucoup plus ; mais la formule s’étend et nous avons d’ailleurs l’intention de nouer des collaborations avec d’autres théâtres en Europe.

Y a-t-il des nouveautés dans cette édition 2017 ?

Oui, il y a pour la première fois dans le festival de la magie nouvelle avec deux spectacles. Dans la magie nouvelle, les artistes ne travaillent pas sur les effets, le strass et les paillettes, mais sur l’illusion. Pour ces artistes, l’illusion doit mener à un propos, à des émotions, à un univers esthétique. Et donc la magie nouvelle s’inscrit dans les arts de la scène. Cette pratique tend à se développer et de nombreux metteurs en scène et artistes font appel à elle aujourd’hui pour leurs spectacles.

Vous poursuivez également l’expérience en extérieur, Place de la Bourse, avec accès libre.

Oui, ce sera la deuxième édition. Pour nous, hommes de théâtre, aller à la rencontre de nouveaux publics est évidemment une nécessité. Il faut toujours essayer de toucher des gens qui peut-être ne se sentent a priori pas concernés par le théâtre. Aller dans l’espace public, c’est dire aux gens : on s’intéresse à vous, vous êtes importants pour nous, et on a envie de travailler aussi pour vous. Rappelons que notre secteur bénéficie de subventions publiques, et qu’à ce titre la question de la médiation et de l’adresse aux publics les plus variés est vraiment fondamentale.

Avez-vous une idée de la composition de votre public ?

Elle est très variée. On y trouve aussi bien des mordus de théâtre qui ne veulent pas rater le festival et des gens qui viennent rarement mais sont attirés par la formule. Beaucoup de familles s’y donnent rendez-vous, chacun suit son parcours et tout le monde se réunit à la fin pour échanger ses impressions. Pas mal de gens viennent y fêter un anniversaire aussi ! Le théâtre, de manière générale, est un lieu de partage où les spectateurs sont attendus par les artistes. Et cette formule du XS favorise encore plus les rencontres et les échanges, même entre spectateurs qui ne se connaissent pas. Il règne ici pendant trois jours une sorte de frénésie tout à fait réjouissante.

Le festival a-t-il évolué depuis sa création?

Oui, il s’internationalise. De plus en plus de programmateurs étrangers viennent aussi. Il y en a une centaine. Cela donne une visibilité de plus en plus grande à nos artistes. Et à ce titre-là, le festival est un moment important pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce qui a changé, c’est qu’il y a aussi maintenant des compagnies étrangères dans le festival ; elles représentent un quart des spectacles cette année. Je pense que c’est une bonne chose pour enrichir le dialogue entre artistes.

Festival XS au Théâtre National du 23 au 25 mars et Place de la Bourse samedi 25 mars