"Selon que vous serez puissant ou misérable", Dominique Rongvaux à la recherche de La Fontaine

Dominique Rongvaux
Dominique Rongvaux - © Bartolomeo La Punzina

CRITIQUE ***

Il arrive sur scène en dansant, accompagné par la célèbre marche de Lully, cintré dans un pourpoint à jabot de dentelle. Pas de jeans ni de baskets pour "faire moderne". La modernité de La Fontaine, c’est de l’intérieur que nous allons la découvrir, à travers les œuvres et les rares bribes de biographie que sa discrétion naturelle nous a laissées. Pas de perruque cependant, contrairement à l’iconographie traditionnelle : le comédien nous dressera le portrait intime d’un homme libre et anticonformiste, qui a toujours refusé de jouer le jeu des courtisans et n’a pas ménagé ses critiques envers le pouvoir.

Les fables de La Fontaine … un poussiéreux souvenir scolaire ? La "récitation" à ânonner devant une classe plus ou moins attentive ? Sous prétexte que la plupart des personnages sont des animaux, doivent-elles être réservées aux seuls enfants … ?  Ce spectacle vous donnera l’envie irrésistible de remettre la main sur le fameux volume, qui dort sans doute dans un coin de votre bibliothèque. Dominique Rongvaux est d’abord un magnifique "diseur". Grâce à son jeu raffiné et à son intelligence du texte, chaque fable devient un monde en miniature, un conte en raccourci, porté par une écriture délicieusement ciselée. La diction est parfaite car elle nous fait vibrer au rythme des vers, mais avec un naturel étonnant qui exclut toute emphase. Depuis "La laitière et le pot au lait" qui se moque des incorrigibles rêveurs que nous sommes jusqu’à "Le Rat et l’Eléphant" et son ironie à l’égard des vaniteux, c’est  l’univers et la pensée de l’écrivain qu’on passe en revue : le goût de la liberté et de l’amitié, le constat amer des inégalités sociales et du pouvoir des puissants (notamment dans "Les animaux malades de la Peste" dont est extrait le titre du spectacle), l’indifférence à l’égard de l’argent et le mépris de la Cour. Mais s’il se montre critique vis-à-vis de la société et de la nature humaine, La Fontaine n’est jamais désespéré et affiche en permanence une "élégante légèreté", nous dit-on. Son épicurisme s’exprime notamment dans les "Contes" érotiques dont nous entendrons deux savoureux échantillons.

Il s’agit bien d’un spectacle, construit avec la complicité de la metteuse en scène Maria Abecasis de Almeida, et non d’un récital : les textes s’inscrivent dans un contexte historique, biographique et littéraire, et l’ensemble forme  une trame souple, légère  et chatoyante. A la recherche de son héros, Dominique Rongvaux complète le portrait par des témoignages d’époque (La Bruyère), des opinions plus tardives (Rousseau ou Céline) ou quelque séduisante digression. Mais jamais d’érudition pesante dans cette enquête menée avec humour et pétillance. Vous aviez un peu oublié La Fontaine ? Voici l’occasion de renouer le dialogue. Dominique Rongvaux est un excellent medium.

En pratique

"Selon que vous serez puissant ou misérable. A la recherche de Jean de la Fontaine " de et avec Dominique Rongvaux

Mise en scène : Maria Abecasis de Almeida

A voir aux Riches-Claires jusqu’au 24 novembre