"Ravachol" d'Axel Cornil : à travers le portrait d'un anarchiste, la radicalité politique et ses causes

Ravachol, production du Rideau de Bruxelles
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Ravachol, production du Rideau de Bruxelles - © Gil Barez

Critique. 

"T’as toujours poussé de travers", "Tu as la rage", "Personne ne t’a demandé de sauver le monde" …

D’entrée de jeu, le jeune François Claudius Koënigstein, dit "Ravachol", est fraîchement accueilli par sa mère : il s’est fait virer de son travail et court les filles, alors qu’elle tire le diable par la queue pour nourrir seule ses enfants. Avec une gifle en prime … et un solide accent wallon ! Axel Cornil a découvert, en effet, que, sous le terme "ravachol" désignant dans son Borinage natal un enfant  rebelle, se cachait un célèbre anarchiste français du 19e siècle. D’où l’envie d’écrire une sorte de "biopic" qui mettrait en scène à la fois le héros d’hier et un jeune homme d’aujourd’hui animé par la même révolte. Comme on interprète un mythe, loin de l’exactitude historique du documentaire.

Nous suivrons donc le parcours agité du petit provincial obligé de travailler dans une ferme pour subvenir aux besoins de sa famille, ses amours, son premier vol de poulets et ensuite l’escalade : assassinat d’un vieux prélat pour le voler, course-poursuite avec les policiers, attentats, condamnation à mort … Aventures ponctuées de monologues, de réunions bien arrosées en compagnie de ses camarades - dont le surnommé Biscuit, délicieux rêveur poète - et  de scènes de procès. Occasion à chaque fois pour notre Robin des Bois de justifier ses actes et de proclamer ses convictions : refus de l’autorité (des juges et des policiers) qui incarne, à ses yeux, une société injuste, un pays d’abondance où l’on vit dans la misère. "Soit tout le monde est coupable, soit personne" et plus loin "Il faut tuer les causes des crimes et non les criminels". Voilà des critiques qui résonnent de manière très contemporaine et traversent aujourd’hui plus que jamais les mouvements de contestation, jusqu’aux récents gilets jaunes. Et qui posent aussi la question de la violence. Des ambitions altruistes peuvent-elles la justifier ? Peut-on tuer des innocents au nom de la justice et de l’égalité pour tous, répondre à la violence par la violence ?

La pièce d’Axel Cornil est composée de scènes, parfois très courtes, qui défilent à un rythme haletant, dans des lieux différents, et traversée par quinze personnages ! L’auteur metteur en scène se lançait ainsi un beau défi ! Quatre acteurs vibrants d’énergie assument brillamment tous les rôles. Leurs changements à vue sur le plateau et les métamorphoses éclairs du décor (une simple table et des chaises) risquent cependant de donner le tournis et d’embrouiller les fils de la narration. Mais le portrait d’un anarchiste pouvait-il se concevoir autrement … ?

Sans se prendre au sérieux, avec un humour parfois potache et un lyrisme brut, Axel Cornil, à travers le personnage mythique de Ravachol, pose la question de la radicalité politique et de ses causes.

EN PRATIQUE

"Ravachol"

Ecriture et mise en scène : Axel Cornil

Avec : Adrien Drumel, Gwendoline Gauthier, Héloïse Jadoul et Pierre Verplancken

A voir au Théâtre 140 (production du ) jusqu’au 2 mars