"Pink boys & Old Ladies" à La Balsamine : la question du genre au cœur d'un spectacle à l'humour incisif

"Pink boys & Old Ladies" à La Balsamine
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"Pink boys & Old Ladies" à La Balsamine - © Anoek Luyten

CRITIQUE***

C’est un fait divers qui a inspiré à Clément Thirion sa nouvelle création : à Berlin, un père décide de porter des robes, en solidarité avec son fils qui ne prétend pas porter autre chose, et au mépris du qu’en-dira-t-on. Pour mener son projet à bien, le metteur en scène en a confié l’écriture à Marie Henry, un nom bien connu de nos scènes. Et l’on n’est pas déçu …

L’autrice a subtilement décalé les rôles : le jeune Norman restera complétement muet du début à la fin. On le verra danser ou gambader, sourire aux lèvres, béatement heureux dans sa jupe rose et ses sandales fluo ; quand la tension monte à la maison, il se pose  tranquillement sur le côté, attendant que l’orage passe. Par contre, ce sont les autres qui vivent très mal la situation! Marie Henry nous brosse le portrait hilarant d’une famille dont les membres exprimeront leur désarroi ou leurs doutes face à la "déviance" scandaleuse du fils. Une des grand-mères (les "old ladies") répète inlassablement le rituel du thé sur un improbable guéridon. L’autre, dans les moments d’émotion, se met à épeler des mots avec véhémence. Dictionnaire vivant, la sœur du père est priée de rompre son apathie silencieuse pour livrer, à la demande, quelques définitions. Quant à la mère, elle se répand en logorrhées égocentriques et vides, pour en arriver au final à clamer son véritable sentiment : le rêve de trépaner le cerveau de son enfant " pour voir comment ça fonctionne " et en réorganiser les circuits. Seul le père prend ses distances face à l’hystérie familiale en décidant d’accompagner son fils à l’école, vêtu d’une robe.

On l’aura compris, dans le théâtre de Marie Henry, tout part du langage et y aboutit. Tout passe par la parole, y compris la scénographie : deux ou trois accessoires ponctuent l’espace blanc du plateau, mais par contre, un décor imaginaire nous est décrit avec une minutie loufoque. Dialogues, narration, didascalies, discours, le texte est une partition éclatée à l’humour incisif. Clément Thirion nous la rend parfaitement lisible, sans en gommer la complexité. Il s’est entouré de comédiens ouverts à ce genre d’exercice : on retrouve avec plaisir Gwen Berrou, championne du second degré, et Mélanie Zucconi, inénarrable dans les  délires de la mère. De jeunes comédiens talentueux participent également à la réussite du spectacle : Lucas Meister (le père), Simon Thomas (le fils) et Mélodie Valemberg (la sœur du père) qui nous révèle aussi ses dons de chanteuse.

"Pink Boys and old Ladies" interroge avec humour et intelligence la question du genre, et plus largement celle de la différence. Pourquoi avons-nous besoin de ranger les gens dans des cases ? Et que révèle cette attitude de notre propre mal-être, de nos propres contradictions ?

 

A PROPOS

" Pink boys and old ladies " de Marie Henry

Mise en scène : Clément Thirion

Jeu : Gwen Berrou, Lucas Meister, Simon Thomas, Mélodie Valemberg, Mélanie Zucconi

A voir au Théâtre de la Balsamine jusqu’au 5 octobre et à la Maison de la Culture de Tournai les 8 et 9 octobre.