" Parc " à l'Atelier 210 : Tragi-comédie dans un parc aquatique

"Parc" à l'Atelier 210 jusqu'au 15 juin
"Parc" à l'Atelier 210 jusqu'au 15 juin - © Leslie Artamonow

CRITIQUE ***

Nous sommes dans les coulisses d’un parc d’attraction aquatique. Le grand show a commencé. Ils sont cinq dresseurs à y collaborer, jeunes, dynamiques et motivés. Dès l’enfance, ils ont rêvé, devant les images de "Sauver Willy", d’amitié entre l’homme et l’animal. Souriants, ils nous vantent la beauté de leur travail, les qualités de l’équipe, la préservation de l’écosystème. Mais soudain c’est le drame : Laura, la cheffe du staff, est dévorée par l’animal vedette, l’orque Tatanka. Sous le regard de ses collègues. Pour eux, c’est le choc : disparu le bel enthousiasme, l’heure est au deuil, au doute et au désenchantement. Dernier acte : les protagonistes se retrouvent cinq ans plus tard sur les lieux du drame. Un seul d’entre eux y travaille encore. Tous traînent une existence morne et banale, traumatisés à jamais.

Peut-être avez-vous encore en mémoire le film de Jacques Audiard, "De rouille et d’os" ; renversée par une orque lors d’un show aquatique, une dresseuse doit être amputée des deux jambes. Aux accents mélos et romantiques du film, répond ici une distance teintée d’humour, noir souvent, comme dans cette quête absurde de fausses cendres pour l’urne de la morte. De petits détails comiques font mouche, comme cette porte qui s’ouvre quand elle le veut bien et se bloque complètement à la fin, en résonance avec  le moral des protagonistes. La distance s’inscrit aussi dans la mise en scène, efficace et astucieuse : pas d’images du drame, seuls nous parviendront les sons d’ambiance. Et comme dans les tragédies classiques, c’est par le récit des témoins que nous apprendrons la nouvelle.

A partir d’un fil narratif très simple, le collectif réussit à construire une tragi-comédie contemporaine originale et qui interroge : la résilience est-elle possible pour un jeune qui a perdu ses rêves d’un seul coup, de manière aussi violente ? Mais au-delà, le spectacle met aussi en cause notre société du divertissement et du profit qui enferme des animaux sauvages pour nous confirmer notre pouvoir sur la nature. Cinq ans après, le parc poursuit ses activités et vend des t-shirts à l’effigie de Laura … L’orque a été relâchée en mer après l’accident, elle est morte deux semaines plus tard.

EN PRATIQUE

" Parc ", texte et mise en scène du Collectif La Station

Interprétation : Cédric Coomans, Eléna Doratottio, Sarah Hebborn, Daniel Schmitz et Kirsten van den Hoorn

A voir à l’Atelier 210 jusqu’au 15 juin