Olivier Py: A Avignon, l'Homme retrouve sa dignité avec le théâtre

Olivier Py : A Avignon, l'Homme retrouve sa dignité avec le théâtre
Olivier Py : A Avignon, l'Homme retrouve sa dignité avec le théâtre - © RTBF Françoise Baré 2017

Avignon In : Olivier Py, le directeur du Festival depuis 4 ans, est sur tous les fronts. Il adapte pour la scène, son roman "Les Parisiens". 4h30 de verbe haut, d'outrances et de descriptions du tout Paris. Le metteur en scène de l'excès n'a rien perdu, dit-il, de sa passion pour la programmation.  


Olivier Py secret et discret. Ce jour-là, il attend les journalistes, la presse , les caméras pour la générale de "Les Parisiens". La Fabrica est un théâtre tout neuf, bâti dans les "quartiers" excentrés d'Avignon. A l'issue du spectacle , les journalistes se dispersent et se placent, comme au supermarché, chacun à son tour pour l'interview. La radio passe après les caméras . L'occasion de voir de plus près les magnifiques décors du spectacle fabriqués à Liège dans les ateliers du théâtre.

Nous nous retrouvons avec Olivier Py à l'ombre du cagnard, dans la cour, entourés des bruits de la vie du quartier.

FB : Olivier Py, l'enthousiasme est toujours intact après 4 ans de mandat à la tête du festival, la flamme brûle t-elle toujours ?

OP : C'est toujours la même passion. Celle du théâtre, comme pour beaucoup de monde. Je le dis toujours aux artistes étrangers : le public d'Avignon est le plus beau, le plus curieux, le plus explorateur. Ce public est capable de faire la queue pendant une nuit entière pour aller voir un spectacle dont il ne sait encore rien, qu'il ne connaît pas. Imaginez-vous, la place du Palais des Papes, noire de monde, à la nuit tombée et des gens en file pour aller voir une pièce en japonais. Je veux faire du théâtre populaire, une alchimie très complexe et inattendue. Ne jamais transiger et faire confiance. A Avignon, j'ai la prétention que l'on peut.

FB : Cela veut dire que vous pouvez programmer ce que vous voulez sans vous soucier du vedettariat, de l'air du temps ?

OP : Je peux programmer ce que je veux et ce qui semble le plus compliqué. Le public d'Avignon autorise toutes les audaces. Il faut d'abord que ce soient de beaux spectacles avant qu'ils ne soient politiques. Il n'y a pas de réelle ouverture de la conscience s'il n'y a pas d'émerveillement esthétique. Je constate avec les artistes avec lesquels je travaille, une façon d'être au monde, une solidarité, un engagement, un souci de ce qui se passe ici ou là, un souci d'humanité, c'est assez beau. Oui, c'est beau. Ils sont politiques chacun à leur façon.

FB : Vous défendez le théâtre public envers et contre tout ?

OP : Bien sûr ! On ne pourrait jamais faire cela dans le théâtre privé. C'est la grandeur du théâtre public. Il faut défendre le théâtre tout court, de toutes les façons. C'est une minorité en danger par rapport aux grands médias , à l'industrie culturelle. Même si cela est une grande minorité ici de 150,000 spectateurs. J'espère que cette grande minorité devienne immense. Ici à Avignon, c'est bien plus que du théâtre, c'est une fête où l'on se réconcilie avec les grands textes, l'homme et la femme retrouvent leur dignité , le plaisir du partage et d'être ensemble. Cette grande fête là, c'est Avignon, et je trouve cela irremplaçable. 

FB : La culture , c'est d'abord de l'argent ?

OP : Il faut de l'argent, non non, il faut de l'argent ! C'est politique et pas comptable, la culture. Nous raboter, ce sont de fausses économies. Le budget de la culture, ce sont des cacahuètes des 0,0001. C'est toujours politique et jamais comptable.Il ne faut pas faire croire que l'on fait de grosses économies en diminuant les subventions à la culture . C'est d'autant plus injuste que la culture produit de la richesse. Le festival d'Avignon fait vivre une personne sur quatre. Sans le festival, sans les festivals, cette région ne s'en sortirait pas. La culture est un moteur. La culture, c'est huit fois les retours économiques de l'industrie automobile !