Macbeth – Maxi Brett Bailey

 Owen Metsileng as Macbeth
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Owen Metsileng as Macbeth - © Nicky Newman

Une œuvre de l’artiste sud-africain Brett Bailey et de la compagnie Third World Bunfight n’est pas seulement le déroulé d’une esthétique, elle est un condensé de gestes politiques, aussi. Retours sur l’opéra Macbeth pour ceux qui ne l’ont pas encore vu et ceux qui souhaiteraient retrouver sa fulgurance et sa beauté, à nouveau.

 

Lorsqu’on voit la première fois l’opéra Macbeth d’après Giuseppe Verdi, mis en scène par Brett Bailey et sous la direction musicale de Premil Petrovic, peu d’opéras nous préparent à une création portée à un tel niveau d’accomplissement.

Le Macbeth rewiew, pour un orchestre de chambre - douze instrumentistes - (le transbalkanique No Borders Orchestra) et dix chanteurs (un chœur et trois solistes) puissants, et sur le libretto de Francesco Maria Piave (1847), confirme une étonnante et singulière maîtrise formelle qui laisse entrevoir le metteur en scène de premier plan qu’est l’artiste Brett Bailey.

La musique adaptée par Fabrizio Cassol, sans pléonasme, s’immisce, anime, colore, éclaire ou obscurcit au gré des émotions que les différentes séquences procurent aux spectateurs. Elle renforce, avec force et constance, l’arc dramaturgique de l’opéra.

Ici, une troupe de comédiens en tournée fuit les combats des villages du Nord-Kivu (République Démocratique du Congo), région frontalière (riche en or, pétrole et cassitérite) avec le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie. Elle se retrouve à Goma, où, dans le grenier de la mairie, elle trouve une malle remplie de costumes, de livrets d’opéra et un enregistrement rayé de l’opéra Macbeth de Verdi. Elle décide de jouer l’opéra. L’artifice est dans l’artifice.

La fable reprend, sur le mode, à la fois pop coloré (façon comics, vêtements bling-bling) et documenté, esthétique et politique, la tragédie sur le pouvoir et ses folies de William Shakespeare, l’histoire contemporaine du Congo et l’histoire post(néo)coloniale de l’Afrique. Impossible de ne pas penser à l’installation/tableaux vivants controversée (à tord) Exhibit B vue notamment au Kunstenfestivaldesarts en mai 2012.

Les allers-retours entre la pièce shakespearienne et le Congo contemporain s’incarnent dans l’image autant que dans le récit (texte sous-titré de Brett Bailey qui dit de manière plus triviale ce qui est chanté), dans les jeux de hors champs/graphies (les vidéos et animations de Roger Williams et les photographies en noir et blanc des conflits de Marcus Bleasdale/VII et Cédric Gerbehaye, projetées sur grand écran), la géographie et la réinterprétation de la fiction et du réel (la puissance arbitraire de Macbeth, du chef de guerre et des multinationales).

Impossible de ne pas penser, par exemple, aux résultats, contestés et contestables, du référendum constitutionnel au Congo-Brazzaville en octobre 2015, donnant la possibilité à Denis Sassou-Nguesso de briguer un troisième mandat présidentiel en 2016, en dépit de la limite d’âge et du nombre des mandats.

Néanmoins, Brett Bailey ne donne pas à son Macbeth une dimension de didactisme moral qui pétrifierait le récit dans une leçon donnée aux spectateurs. Le traitement esthétique aux accents purs de comédie musicale ou pop music (sur podium avec micro) qui irrigue de nombreux tableaux et le jeu extraordinaire (des solistes Owen Metsileng – Macbeth, Otto Maidi- Banquo et la soprano Nobulumko Mngxekeza - Lady Macbeth), dynamite toutes les tentations discursives possibles.

La réalité n’est pas manichéenne, elle est plus complexe. Les sorcières guettent. Brett Bailey ne veut duper personne, Macbeth est en chacun de nous. Dans la pièce d’opéra, il livre ses doutes et ses questionnements, voulant édifier une conscience individuelle, une quête périlleuse mais nécessaire. C’est le rêve fou baileyen.

 

Macbeth de Brett Bailey les 11, 12 et 13 janvier 2016 au KVS à Bruxelles.