Le Funambule de Genet ou le théâtre amateur en apesanteur

Le Funambule, avec Christophe Jaccard et Elie Arnould
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Le Funambule, avec Christophe Jaccard et Elie Arnould - © DR

Le nom évocateur de la pièce (le Funambule) nous emmène dans le monde du cirque avant même d’avoir franchi les portes de la salle de spectacle.

En entrant dans la Chapelle de Boondael, on se demande si l’on est dans la maison de Dieu ou sous un chapiteau. Les toiles rouges et jaunes, la lumière tamisée qui transforme toutes les couleurs en rouge, on pénètre dans une atmosphère intimiste qui nous force à chuchoter. On est à l’église, après tout!

Interprétation théâtrale d’un texte qui ne l’est pas, tâche ardue imputée au metteur en scène (professionnel) et au reste de l’équipe (amateurs) que de nous faire vibrer et suivre la pensée erratique de Jean Genet. Le programme nous aide déjà à comprendre où les acteurs vont nous emmener : "Ce texte est la parole d’un écrivain adressée à un jeune acrobate. Un maître enseigne à un élève le sens de son art ainsi que la meilleure manière d’accomplir cet exercice à mi-chemin entre la vie et la mort. Il part de l’art du cirque pour proposer une mise en abîme des arts vivants et de l’art en général, en passant notamment par la poésie et la danse. L’orateur guide ainsi l’artiste dans son rapport à lui-même, à son corps, à son image, à sa vie non-artistique, au sacré, à l’œuvre, au public, et dans son devoir d’apparaître sous les lumières dans un total dépassement de lui-même."

Faire vibrer les murs de la Chapelle

Les lumières s’éteignent et la mise en apesanteur commence. On est emmené par la musique du piano à queue qui résonne et fait vibrer les murs de la chapelle. On s’abandonne aux mouvements du danseur qui nous guide et nous aide à suivre les paroles de Jean Genet à travers la voix du comédien. Les trois sont indispensables et se répondent. On aurait malgré tout aimé un peu plus de soutien musical pour ne pas risquer de décrocher parfois sur des silences trop longs ou des déclamations trop complexes.

On souligne ici la troupe d’amateurs passionnés guidée par un chef d’orchestre dont la réputation n’est plus à faire : Albert-André Lheureux, ancien directeur de Forest National, créateur du Théâtre du Jardin Botanique. Il a pris sous son aile des jeunes qui peuvent se targuer aujourd’hui d’avoir fait passer leur amateurisme à un niveau professionnel. Christophe Jaccard, 28 ans, tient le texte de bout à bout sans lâcher l’interprétation une seconde. Sa voix porte et rebondit sur les murs. Les interactions avec le danseur sont violentes, douces, émouvantes et justes. Elie Arnould, à l’inverse de Christophe, prend de la place sur scène uniquement par son corps. Il envahit l’espace à coup de culbutes, de roues et d’arabesques. Étonnante performance pour quelqu’un qui a commencé la danse il y a seulement quelques années. Le pianiste n’est pas en reste et accompagne la performance tout du long avec des compositions originales (on a tenté Shazam, peine perdue!)

Une performance qui ne cherche pas à l’être, un capitaine qui a bien mené son navire, un texte parfois difficile et qu’il ne faut peut-être pas toujours essayer de comprendre au risque de se gâcher le moment.

 

Ecoutez les mots faire écho à votre histoire, suivez les mouvements des comédiens, laissez la musique vous porter.

En pratique

Dates : 8 et 9 février à 20h

Adresse : Chapelle de Boondael, Square du Vieux Tilleul 10 à 1050 Ixelles

Prix et réservation : 15€ - 10€ - 0485 44 38 15

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