Le dire des forêts de Philippe Vauchel : Sous l'humus, le sens de la vie

Le Dire des Forêts
Le Dire des Forêts - © Alessia Contu

N’avons-nous pas tous rêvé de retourner à la forêt, celle de l’enfance, des cabanes dans les arbres, des mousses odorantes et des champignons … Celle de l’enfance du monde aussi, de l’innocence dans une nature vierge et libre. Se ressourcer loin des bruits civilisés, ne plus entendre que le chant des oiseaux et le souffle du vent dans les branches. Ce rêve, trois comédiens et un musicien vous invitent à le vivre tous les soirs avec eux.

Au premier pas dans la salle, elles accrochent le regard : quatre paires de chaussures, bien rangées. Vous arrivez au seuil d’un autre monde : dans la forêt, on marche la plante des pieds en contact intime avec l’humus. Quatre hurluberlus vous attendent, sourire béat, assis sur une sorte de banc en bois qui bientôt révélera son ingénieux secret : il se compose de trois échelles qui se dresseront vers le ciel et accueilleront notre quatuor, siège, abri pour la nuit et observatoire.

On parle peu dans la forêt ; on se confie des bribes de souvenirs, on exprime ses états d’âme en grande simplicité, et on se raconte la blague du hareng vert, accommodée différemment au fil des narrateurs. Routine ? Non, rituels plutôt, inventés en toute liberté et joyeusement partagés, comme la tasse de café du matin bue en choeur, ou les délicieuses formules échangées au coucher du soleil : " bonne fête de fin de journée " et " bonne fête de début de nuit ". On pleure parfois, sans toujours savoir pourquoi, on se cogne aussi, mais par jeu sans doute, on virevolte et on chante. Et surtout, on observe la nature et le cycle des saisons : chaque motte de terre, chaque chenille est l’objet d’une attention émue, un nid de fourmis déclenche des commentaires passionnés. Mais s’extasier devant le vivant, c’est aussi et forcément en envisager la fin, entrevoir la pourriture et la mort. L’oiseau est tombé en mélancolie après la perte de sa compagne. Et qu’en est-il de nous, humains ? " Combien de matins encore notre espèce survivra-t-elle ? ". Et quel est le sens de la vie ?

On est heureux de retrouver sur le plateau Philippe Vauchel et Jean-Luc Piraux, qui jouent leur rôle attendu de doux rêveurs toujours en vadrouille entre étoiles et terreau. Mais la surprise vient d’Anne-Claire, championne des métamorphoses, en jeune fille enjouée et émerveillée, princesse en haillons d’une forêt enchantée. Si l’on parle peu, il en est un qui ne parle pas du tout, sinon à travers son accordéon. Jonathan De Neck et Didier Laloy se partagent le rôle en alternance. Ce soir-là Didier Laloy, son instrument collé au corps, nous transmettait, avec toute sa ferveur, les vibrations de la forêt.

Au total un spectacle poétique et ludique qui, en frôlant parfois la naïveté, nous invite à revenir à l’essentiel : le pourquoi de notre être-au-monde.

Le Dire des forêts de Philippe Vauchel au Rideau de Bruxelles jusqu'au 11 février

Mise en scène : Philippe Vauchel et Michaël Delaunoy

Interprétation : Anne-Claire, Jean-Luc Piraux et Philippe Vauchel, et en alternance, les musiciens Jonathan De Neck et Didier Laloy