"La Traversée du désir", au Théâtre de la vie. A l'ombre de Marguerite Duras

La Traversée du désir, au Théâtre de la vie
La Traversée du désir, au Théâtre de la vie - © Nicolas Verfaillie

Critique 

L’ombre de Marguerite Duras continue à planer sur les plateaux de théâtre, et à travers toutes les générations. Après le "Marguerite Duras" d’Isabelle Gyselinx, biographie subjective et fragmentaire de l’autrice, voici à présent une première mise en scène de François Maquet pour le jeune collectif What If ? issu du Conservatoire de Mons.

Un homme et une femme sont assis côte à côte. Peu à peu, imperceptiblement,  leurs mains se rapprochent, se frôlent et enfin se rejoignent. Parallèlement, les regards s’échangent et l’on sent les corps vibrer. C’est autour  de l’amour et de ses variations que s’est construit ce spectacle composé de fragments, de courtes scènes  qui s’opposent ou se répondent : la première rencontre, les lieux où elle surgit, les peaux qui réagissent au contact de l’autre, l’attente,  les ruptures, le souvenir des amours passées qui nous hante…

Duras a inscrit le thème de la passion amoureuse au cœur de son œuvre, s’appuyant souvent sur son expérience personnelle. A leur tour, les artistes de What If ? se sont emparés de trois ouvrages de l’autrice pour éclairer leur propre travail d’écriture et d’improvisation : "L’amant de la Chine du Nord", "Les Yeux bleus, cheveux noirs" et "Le Ravissement de Lol V. Stein". Le résultat : une forme hybride où des textes durassiens, lus en situation,  se mêlent à l’écriture de plateau du collectif. Si les mots jouent un rôle important, les corps parlent aussi et certaines scènes, muettes, suggèrent l’acte amoureux, toujours sobrement et sans vulgarité, comme chorégraphié. Les lumières, savamment ciselées, les font apparaître comme des tableaux en clair-obscur.

La musique, très présente, accompagne la traversée. En partie électronique et manipulée par Clémentine Thomas sur un ordinateur, elle est aussi vivante avec la violoniste Sophie de Beer qui se mêle parfois aux acteurs, comme pour raconter, elle aussi, avec son archet, ses histoires d’amour.

On l’aura compris, les comédiens (Ferdinand Despy, Adélaïde Huet et François Maquet) n’incarnent pas des personnages au sens traditionnel du terme, ils jouent plusieurs rôles au gré des situations, y compris le leur ... On est touchée par leur sincérité et leur talent pour créer, avec les autres partenaires du projet, des ambiances poétiques intenses qui invitent le spectateur à interroger sa propre mémoire.