La Solitude du Mammouth au Théâtre des Martyrs

La Solitude du Mammouth
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La Solitude du Mammouth - © Dominique Bréda

Le brillant retour de Geneviève Damas au théâtre

CRITIQUE

Plutôt tournée vers le roman ces dernières années, l’auteure de Patricia revient aujourd’hui au théâtre avec un monologue dont elle dit elle-même qu’il s’inspire d’un épisode douloureux de sa vie. Elle renoue aussi en même temps avec l’humour, une dimension peu présente dans sa production romanesque. Enfin, elle foule à nouveau les planches pour incarner son héroïne.

Une maisonnette rose et pimpante, du gazon vert vif et un pommier tout rond couvert de fruits, ce décor idyllique pourrait suggérer un joli conte de fées. En fait c’est une cruelle histoire de vengeance qui va nous être servie … froide comme il se doit. Au départ, une réflexion sur la perte, et en particulier la disparition des mammouths. " L’humanité leur doit tellement. Ils nous ont tout donné, leurs défenses, leur peau, leurs os, leur graisse, leurs poils et qu’est-ce que l’humanité a fait pour eux lorsque le froid est arrivé ? Nada. Elle les a laissé sombrer dans l’ère glaciaire ".

Notre héroïne Bérénice est prête à sombrer, elle aussi. Son mari l’a quittée pour Mélanie (qu’elle appelle ironiquement " Mélanome "), la jeune baby-sitter des enfants. Stupeur, larmes. Et puis un jour elle arrête de pleurer et décide de se rendre justice elle-même. Au-dessus des lois des hommes. Pour 150 euros on peut lui arranger le portrait, au traître, par l’intermédiaire d’Abdul, l’ami albanais … Trop banal … Et puis surtout Bérénice veut, avec son propre cerveau et de ses propres mains, imaginer et mettre au point les stratagèmes de sa vengeance. Geneviève Damas nous entraîne alors dans une délirante escalade, depuis les petits désagréments infligés secrètement aux intestins de l’infidèle jusqu’au terrible dénouement final. Rien n’est laissé au hasard dans ces machinations raffinées concoctées avec jubilation. La fantaisie est aussi au rendez-vous : les pigeons seraient attirés par la couleur rouge … dès lors, des accessoires rouges pour sa moto, n’est-ce pas un beau cadeau d’anniversaire à offrir à l’ex-mari … ?

On rit beaucoup dans ce brillant récit de vengeances subtilement programmées. Mais entre les lignes, on lit aussi la colère d’une femme devant l’injustice d’une situation malheureusement banale. Comme bon nombre de ses consœurs, et comme le mammouth, Bérénice a tout donné : elle a soutenu son mari, elle s’est occupée des enfants, elle a géré le quotidien. Et puis un jour, l’autre est parti consommer de la chair plus fraîche. Et Geneviève Damas de s’insurger contre cette autre injustice : au sentiment d’abandon s’ajoute l’humiliation d’être rejetée pour une plus jeune. En fin de compte, sa plus belle victoire n’est-elle pas d’avoir réussi à sublimer sa colère, à transformer son expérience douloureuse en une œuvre littéraire à partager avec un public sur un plateau de théâtre ? Dès lors le défi consistait aussi à ne pas trop s’impliquer personnellement dans le jeu, à maintenir la distance inhérente à l’humour noir du texte. Sous la conduite d’Emmanuel Dekoninck, Geneviève Damas n’y parvient pas toujours.

en pratique

La solitude du mammouth de et avec Geneviève Damas

Mise en scène : Emmanuel Dekoninck

A voir au Théâtre des Martyrs jusqu’au 23 décembre