"L'empreinte du vertige" aux Martyrs, le récit haletant d'une résilience

L'empreinte du vertige
L'empreinte du vertige - © serge gutwirth

CRITIQUE

Une batterie brille de tous ses feux au centre du plateau - pas d’autre décor ni accessoire, sinon une guitare et cet autre instrument, pareil à une voile suspendue, qu’on entendra vibrer – et l’on devine d’emblée que la musique jouera un rôle essentiel dans le spectacle. En effet, dès les premiers mots de la comédienne et auteure Angèle Baux Godard, "ça commence par un choc …", Jérémy David répercute violemment l’information sur ses percussions. Il accompagnera toutes les péripéties et méandres de l’étrange récit qui nous sera conté, depuis les doux frottements des balais jusqu’aux frappes dramatiques des baguettes. Avec ses notes, il dira peut-être ce que les mots parfois n’osent exprimer.

Le choc en question n’est pas banal. Elisa rentre chez elle, au volant de sa voiture. Sa fille Jeanne et son mari l’attendent. Et puis soudain, elle percute dans la nuit … une panthère ! Cette image onirique n’en cache-t-elle pas une autre, plus sordide … ? Elisa enfant ou adolescente aurait-elle été agressée, violée … ? Ce choc l’amène à se replonger dans ces années-là, un voyage dans le temps parallèle à ce road movie fantasmagorique vers le Sud qui la détourne du chemin rassurant de la maison familiale.

Depuis quelques années, le discours sur le corps féminin s’est libéré, mais il reste des tabous, et le vaginisme en est un. "Impénétrable" … A dix-sept ans, Elisa découvre, en même temps que son mal-être - "je suis fatiguée d’être moi" - ce blocage qui l’empêche d’avoir une relation amoureuse épanouie, et la honte qui en découle. Mais le qualificatif est à double sens et désigne aussi la part d’inconnu qui se cache en chacun de nous, les traumatismes tus …

Elisa tombe amoureuse, mais la culpabilité la ronge car sa "maladie", au-delà du trouble physique, suscite aussi des interprétations psychologisantes : ne révèle-t-elle pas une difficulté à rencontrer l’autre pleinement ? "Je reste inaccessible sous ma cloche de verre" dira-t-elle. "L’empreinte du vertige" est notamment le récit, teinté d’humour, de son infatigable tournée des médecins, kinés et autres thérapeutes de la dernière chance comme ceux qui pratiquent l’EMDR basée sur les mouvements des yeux.

Au bout du tunnel, la lumière : entre récit fantastique et chronique médico-réaliste, Angèle Baux Godard a trouvé le ton juste pour raconter son combat et sa victoire sur les traumatismes enfouis. Elle a trouvé en Clément Goethals un complice qui lui insuffle un rythme haletant et une manière très personnelle de danser ses mots.

EN PRATIQUE

"L’empreinte du vertige" d’Angèle Baux Godard

Mise en scène et scénographie : Clément Goethals

Avec : Angèle Baux Godard (comédienne) et Jérémie David (musicien)

A voir au Théâtre des Martyrs (Production du Rideau de Bruxelles) jusqu’au 31 mars