"Je suis un héros" de René Bizac : un conte picaresque sur la migration

CRITIQUE.

Le thème de la migration circule beaucoup sur nos scènes ces derniers temps. S’agit-il ici d’une énième variation ? Dans son nouveau texte (lauréat du Comité de lecture du Tarmac), René Bizac a choisi une voie inédite. Ni témoignage documentaire ni fiction dramatique, "Je suis un héros" s’aventure dans l’univers du conte et nous livre un récit à la première personne pour "dire les mots", "trouver la sève de la parole".

"Tu es un héros et tu dois partir". Telle est l’injonction que Coumba Jean-Denis entend de la bouche de l’Ancêtre apparu dans son rêve. D’emblée le ton est donné. Pas question de migration économique ou politique ici, on est plutôt dans le mythe, ce qui n’empêchera pas, en filigrane, une critique de la politique migratoire européenne. Voilà donc notre héros, galette de maïs et valise à la main, en route vers un improbable futur. Minibus, taxi brousse, mobilette, … aucun moyen de transport ne lui restera inconnu pour traverser les frontières. Arrivé à la côte, il embarque sur un bateau surpeuplé que la mer finira par "manger". Mais comme il est un héros, il survit et arrive au port d’Anvers à la nage. C’est le bourgmestre d’Anvers en personne qui l’accueille car il a "de très grands projets pour lui". Mais Anvers semble trop provincial à notre ambitieux oiseau migrateur, et c’est vers Paris qu’il lorgne … La suite sur la scène …

Lazare Minoungou, dédicataire de la pièce, incarne à merveille ce personnage picaresque, confronté à la sauvagerie du monde et prêt à tout pour survivre. Il lui insuffle une formidable énergie et une faconde irrésistible. Grâce à son talent, la fantaisie et l’humour du texte font mouche, et l’on n’est pas étonné de rencontrer au détour d’une aventure, un chien qui parle … Mais le comédien n’est pas seul sur le plateau, les metteurs en scène ont eu la bonne idée de lui adjoindre une sorte de double : Max Vandervorst, le magnifique luthier sauvage. Fers à repasser, rame, porte-parapluies, … sont ici convoqués pour accompagner les hauts-faits de son comparse. Cet étonnant bricolage sonore colle parfaitement à l’esprit de la pièce, à son humour décalé et à son héros cabossé. Mais le musicien fait bien plus que jouer sa partition, il participe à la dramaturgie, suit les traces de Coumba Jean-Denis et incarne même ici ou là une figure rencontrée en chemin.

"Je suis un héros" : un spectacle qui déconstruit à la fois l’image du migrant et celle du héros

EN PRATIQUE

Je suis un héros " de René Bizac

Mise en scène : René Bizac et Nathalie Huysman

Avec : Lazare Minoungou (comédien) et Max Vandervorst (musicien)

Prochaine escale : Centre Culturel de Flémalle le 3 novembre

Suite de la tournée sur le site du Théâtre Intranquille