Reprise aux Martyrs : Is there life on Mars ? un spectacle hors normes à l'écoute de l'autisme ***

Is there life on Mars ?
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Is there life on Mars ? - © Hubert Amiel

Critique ***

Qu’évoque pour vous le mot "autisme" ? C’est avec cette question que les spectateurs sont accueillis dans la salle par les comédiens qui parcourent les rangs, micros à la main. Et c’est avec quelques réponses à ces sondages que commence ce spectacle hors normes. Hors normes, en effet, car parmi les "pathologies" du comportement, l’autisme demeure l’une des plus méconnues, l’une des plus difficiles aussi à cerner et à soigner, l’une de celles enfin qui véhicule le plus de clichés (qui ne se souvient de Dustin Hoffman, héros du film Rain man porteur du syndrome d’Asperger, dont on sait pourtant qu’il ne représente qu’une frange infime des personnes autistes ?). Il fallait donc pas mal de culot pour aborder ce thème délicat sur une scène, et, disons-le d’emblée, Héloïse Meire et sa compagnie What’s up nous offrent un des spectacles les plus originaux et les plus attachants de cette saison.

Une boîte à trésors dont on aurait perdu la clef

Tout est parti d’une large enquête; pendant deux ans, Héloïse Meire a rencontré des personnes autistes et leur entourage. C’est cette parole qu’elle a voulu nous faire entendre à travers la voix de quatre comédiens : ils sont assis à une table, casques aux oreilles. Pour traduire l’émotion de ces interviews tout en se distanciant de l’incarnation pure, la metteuse en scène a adopté la méthode "verbatim" : sur le plateau les comédiens entendent dans leurs écouteurs des montages de ces interviews qu’ils retransmettent instantanément aux spectateurs. Vous rencontrerez notamment les parents de Tom, qui, face à l’incompétence des médecins, ont dû poser eux-mêmes le diagnostic de la maladie de leur fils, ou encore Amélie et sa phobie des lumières vives, des bruits violents et des huiles essentielles. "Je suis une boîte à trésors dont on aurait perdu la clef" dit une autre. Vous croiserez Sami et son désir obsessionnel d’incarner les héros de Star Wars, ou encore les frères et sœurs d’Albert, autiste, leur agacement de voir les plans familiaux foirer systématiquement à cause de ce petit frère différent, mais aussi leur amour : Albert les a révélés à eux-mêmes, transformés.

La parole des interviews s’accompagne, en parallèle, de scènes souvent oniriques, qui créent ainsi une dimension visuelle et sonore décalée. Vidéos, chorégraphies, installations, elles surgissent d’une grande armoire à surprises qui joue écran de projection, et dont les portes s’ouvrent vers de nouvelles dimensions de jeu, un autre monde de perception, propre à la personne autiste.

En fin de compte, Héloïse Meire et ses talentueux complices nous entraînent dans ce voyage en zone inconnue, non pas pour simplifier ou banaliser l’autisme, mais pour en souligner au contraire la complexité et la diversité, à travers une mosaïque de comportements et de personnalités. Et au-delà, c’est la différence qu’elle interroge, et qui renvoie à notre propre rapport au monde : comment ne pas donner raison à Joseph, autiste, quand il parle de " comédie sociale " à propos de notre vie en société, et comment ne pas sourire quand il se définit comme un " intermittent du spectacle " ? On le voit, la pièce n’est pas dénuée d’humour, elle atteint un équilibre remarquable entre gravité et légèreté. Et s’il y est montré que les autistes sont " capables de réenchanter le monde ", on n’oubliera pas non plus la souffrance de cette mère désemparée, tentée de choisir la mort, pour elle et sa fille autiste.

 

Is there life on mars ?

Mise en scène : Héloïse Meire (Compagnie What’s up)

Interprétation : Muriel Clairembourg, Jean-Michel D’Hoop, Léonore Frenois, François Regout

reprise au Théâtre des Martyrs, du 8 au 18 mai