Inmontable, Le Songe d'une nuit d'été ? pas aux Martyrs !

Le Songe d'une nuit d'été, aux Martyrs
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Le Songe d'une nuit d'été, aux Martyrs - © Isabelle De Beir

Les comédies de Shakespeare n’ont plus la cote. Les temps ne sont pas à la légèreté, et ses tragédies, avec leurs résonances politiques ou philosophiques, séduisent davantage les metteurs en scène d’aujourd’hui. Seul Le songe d’une nuit d’été échappe à la règle, sans doute parce qu’il transcende l’époque et permet une infinité de variations contemporaines. Et pourtant, il a la réputation d’être "inmontable" ; c’est du moins l’opinion de Daniel Scahaise, ex-directeur du Théâtre des Martyrs, qui avait renoncé à s’y confronter. Aujourd’hui, Hélène Theunissen relève le défi et dirige un effectif de dix-neuf comédiens, composé pour moitié du Théâtre en Liberté, l’équipe formée par Scahaise, toujours active sous la tutelle de Philippe Sireuil. "Le moment est venu, dit-elle, parce que nous sommes dans une période de mutation. Au cœur du Théâtre des Martyrs, il y a le Théâtre en Liberté qui continue à croire que le nom de troupe a un sens s’il va de pair avec l’exigence, le travail, la curiosité et l’ouverture à la modernité".

" Inmontable, Le Songe d’une nuit d’été ?"

Comment traduire, en effet, la poésie de cette forêt enchantée où se croisent réel et imaginaire, rêve et cauchemar, farce et gravité, nobles et artisans, tout en maîtrisant cette fantaisie débridée ?

Hélène Theunissen connaît bien la pièce pour l’avoir souvent travaillée avec ses étudiants du Conservatoire. En artiste pédagogue, elle parvient à en rendre lisibles les multiples facettes et perspectives. Elle s’appuie sur une scénographie à la fois féerique et astucieusement structurée de Sabine Theunissen, qui permet de situer clairement les différents plans de l’action : une architecture en bois formée de trois niveaux de pentes se dévoile peu à peu, offrant mille possibilités de courses-poursuites. Des découpes peintes de buissons et d’animaux sauvages viennent s’y glisser latéralement. Tout sent l’artifice et joue de manière visible avec les conventions du théâtre baroque. Baroques aussi les clair-obscur créés par Philippe Sireuil, qui sculptent la magie nocturne de la forêt.

"Inmontable, Le songe d’une nuit d’été ?" Hélène Theunissen a su galvaniser ses dix-neuf interprètes, depuis les aînés bien connus du public jusqu’au jeunes recrues. Tous se mettent au diapason de cet imbroglio mouvementé et sautent (parfois littéralement) avec souplesse du rire aux larmes, du sérieux au burlesque. De plus, n’y a-t-il pas, au cœur de la pièce, une troupe d’artisans, comédiens amateurs, qui répètent un spectacle pour les noces de Thésée ? Quel bonheur pour des acteurs de se retrouver dans cette perspective en abyme et de voir leur art glorifié - avec humour - par un tel génie !

"Inmontable, Le songe d’une nuit d’été ?"  Comment se coltiner, en effet, un texte qui a plus de quatre-cents ans sans ennuyer le public ? Pas de problème ! Ne dit-on pas qu’un texte de théâtre doit être retraduit tous les dix ans ? Hélène Theunissen s’est adressée au comédien-auteur Maxime Anselin (également comédien dans le spectacle) pour le réajuster. Résultat : une langue fluide qui met en évidence les métaphores et autres fulgurances poétiques de l’auteur, de même que les différents niveaux de langage, verve populaire en prose chez les artisans et vers chez Thésée et ses semblables. De nombreuses classes assistaient au spectacle ce soir-là. Pas un mot. Pas un smartphone allumé. Le vieux Shakespeare parvient encore à les captiver, avec ses ados à l’épreuve de l’amour, de la fidélité et des mariages forcés, avec ses mondes parallèles qui valent peut-être bien ceux de Star trek … Pari gagné.

Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare

Mise en scène : Hélène Theunissen

Jeu : Maxime Anselin, Chris Baltus, Alexandre Croissiaux, Toni d’Antonio, Isabelle De Beir, Lucie De Grom, Claire Frament, Bernard Gahide, Jeremy Grynberg, Elsa Guénot, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Eléonore Peltier, Sylvie Perederejew, Fabrice Rodriguez, Laurent Tisseyre, Benjamin Vanslembrouck et Valentin Vanstechelman. Et en alternance Jadyson Betebe, Akandima Itin, Clément Lekefack et Siya Tisseyre.

Au Théâtre des Martyrs jusqu’au 8 avril