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Les gens d'Oz avec Yoann Blanc
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Les gens d'Oz avec Yoann Blanc - © Elisabeth Carecchio

Le metteur en scène bulgare Galin Stoev est un familier des plateaux belges. Il nous fait découvrir aujourd’hui  Les Gens d’Oz (2013), une pièce  de sa compatriote Yana Borissova, dernier volet d’un triptyque où s’inscrivaient déjà  Petite pièce pour une chambre d’enfant et Rose is a rose is a rose.

 

Tout compte fait, le personnage central de la pièce, ne serait-il pas … cet immeuble, glorifié par ceux qui y vivent et désiré par ceux qui n’ont pas cette chance ? Un bâtiment étrange, presque vivant, rempart protecteur contre la laideur du monde. " Je suis passée devant par hasard. Et j’ai senti qu’il me regardait " dit Anna, romancière célèbre qui a cessé d’écrire il y a dix ans. Elle vit avec Truman, pianiste fantasque. A ce duo improbable s’en ajoute un autre formé par un voisin, Erwin, et son meilleur copain, Sart. Erwin est tombé amoureux de Mia, une jeune éditrice qui rêve de rencontrer Anna. Sart encourage vivement le timide jeune homme à déclarer sa flamme.

Une fois planté le décor humain, il ne se passe plus rien, ou presque rien, sinon des rencontres et des conversations entre les différents protagonistes, selon une combinatoire dont on se dit qu’elle pourrait être aléatoire, mais pas forcément. Et  s’il ne se passe plus rien, c’est que les personnages  semblent englués dans une immobilité qui les mène par contre à parler, à se confier, à éructer sans fin. On cause art et littérature, on lance des aphorismes sur l’amour ou la beauté, on exprime des désirs qu’on ne réalisera sans doute jamais. Sous l’apparente légèreté des propos apparaît cependant une certaine mélancolie. Et cette petite musique-là, on a l’impression de l’avoir déjà entendue … Tchekhov n’est pas loin …

Si l’on risque parfois, avec de tels dialogues, de naviguer aux frontières du bavardage, le danger est écarté grâce aux magnifiques acteurs dont Galin Stoev s’est entouré et qu’il dirige avec subtilité. Tous habitent leurs personnages avec conviction. On retrouve avec bonheur  le formidable Yoann  Blanc (Truman) dans son registre d’humour pince-sans-rire face à l’impressionnante Stéphane Escoffier. Tristan Schotte incarne un Erwin candide et introverti aux côtés de son ami, le flamboyant Vincent Minne. Enfin, il fallait le charme et la fraîcheur d’Edwige Baily pour faire exister le personnage de la jeune Mia, celle qui finalement vivra son rêve : la rencontre avec Anna l’écrivaine. Serait-elle la Dorothy  du Magicien d’Oz  auquel se réfère le titre de la pièce ? Et Anna, le magicien qui persuade chacun qu’il a déjà au fond de lui ce qu’il recherche depuis toujours ?

Les Gens d’Oz de Yana Borissova

Mise en scène : Galin Stoev

Avec Edwige Baily, Yoann Blanc, Stéphane Excoffier, Vincent Minne et Tristan SChotte

Scénographie : Alban Ho Van

A voir au Théâtre de Liège du 11 au 15 octobre