"Gioia perfetta" au Boson - Journal de bord d’un marcheur en quête de sens

CRITIQUE

Cinquante ans ! Un beau chiffre bien rond, une étape aussi dans la vie … Faut-il marquer le coup ? Et comment ? Traverser le désert ? Affronter l’Himalaya ? C’est par ce questionnement qu’Etienne Van der Belen ouvre son nouveau spectacle, un seul en scène où il se propose  de nous conter le long voyage à pied entrepris à l’occasion de cet anniversaire. Si le chemin de Saint Jacques de Compostelle est bien connu des marcheurs, celui d’Assise est beaucoup moins fréquenté. C’est celui-ci qu’il a choisi. Un souvenir d’enfance, nous confie-t-il : "Les onze Fioretti de François d’Assise", le film de Rossellini découvert avec sa grand-mère. Et déjà une conviction qui ne le quittera plus : la "gioia perfetta" célébrée par le moine italien a tout à voir avec l’amour du prochain et la "simplicité volontaire" comme on dirait aujourd’hui.

Cet apprentissage du dénuement commence par la préparation du sac à dos : privilégier les objets à usages multiples, laisser le confort derrière soi, n’emporter que l’essentiel. Départ de Sion le 30 mai 2017. A partir de là, c’est une sorte de journal de bord qu’il partage avec nous, jour après jour : extase devant la beauté des paysages, nostalgie des siens, moments de bonheur … et de découragement aussi, car le rêve du voyage se heurte parfois à la dureté du réel. Et en fin de parcours, des envolées presque oniriques habitées de souvenirs et de fantasmes.

Même si la solitude fait partie de l’expérience, ce périple est aussi la rencontre avec l’autre : randonneurs, comme la jeune Jade qui fuit un père abuseur, l’allemande Kimberley et sa guitare dans  le dos, ou ce pèlerin cycliste pour qui la joie parfaite ne peut être qu’intérieure, habitants à l’accueil généreux - trop généreux parfois quand l’aubergiste s’offre elle-même en dessert ! - ou au regard hostile, plus rarement.

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"Gioia perfetta" au Boson Philippe Rabuteau

Comment traduire le rythme de la marche sur un étroit plateau de théâtre, et comment transmettre cette aventure intime ? Fort de son expérience de conteur, Etienne Van der Belen a travaillé en complicité avec le metteur en scène Pascal Crochet. Ensemble, ils ont construit un récit vif et touchant, émaillé d’anecdotes, enrichi de matériaux glanés sur la route : interviews, photos, images vidéo … Pas de grands effets de mise en scène, mais plutôt une manière d’accompagner concrètement les pas du marcheur : les chaussures à lacer, le banc où il repose son corps fatigué, la carte indiquant le chemin à parcourir, les conversations téléphoniques avec la compagne restée au pays …

La joie parfaite existe-t-elle ? Etienne Van der Belen l’a-t-il rencontrée entre Sion et Assise ? Peut-être peut-on la trouver au cœur des choses ou des gestes les plus simples, semble nous dire cet acteur solaire et charismatique : une prairie en fleurs, des chants d’oiseau au réveil, une chapelle cachée dans les bois, une adolescente  dont on apaise le désarroi …

En pratique

"Gioia perfetta"

Texte et jeu : Etienne Van der Belen

Mise en scène : Pascal Crochet

A voir au Boson jusqu’au 22 novembre