Falaise de Baro d'Evel nous interroge sur l'effondrement du monde. Drôle et poétique!

Falaise de Baro d'Evel, photo François Passerini
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Falaise de Baro d'Evel, photo François Passerini - © Tous droits réservés

Tout commence dans la salle. Hors scène. Dans sa robe noire et ses hauts talons qui claquent, Camille Decourtye déambule. Son pas est rapide pour ne pas dire nerveux. Le rideau se lève et une haute falaise noire se déploie. Une falaise. Et bientôt des pigeons s’envolent, virevoltent d’un coin à l’autre de la scène, entamant une drôle de danse -une danse drôle -avec les acteurs. Cette falaise crache des humains ou plutôt des humains creusent la falaise pour en sortir…et tombent. Le vide est vertigineux. Le saut acrobatique. Un cheval blanc illumine la scène. Le cheval de Camille Decourtye. La complicité est évidente. On se demande qui dirige qui dans cette danse synchronisée où blanc et noir se superposent ; où le blanc finit par s’imposer dans cette scène-monde qui s’effondre.

Le spectacle de la compagnie Baron d’Evel est un délice pour les yeux et une réelle performance physique pour les acteurs. Les figures acrobatiques se succèdent comme les dialogues toujours décalés parfois de sourds en catalan, espagnol, français ou anglais. L’humour, le rire et la dérision sont omniprésents. Ils sont intrinsèquement liés à cette troupe pour qui le cirque est une seconde peau.

Côté pile, on trouve l’acteur, auteur et metteur en scène Blaï Mateu Trias. Il est tombé dedans quand il était petit. Blaï a grandi dans le milieu du cirque. Sa famille appartenait aux courants artistiques catalans post-franquistes. Son père a fondé Clowns Sans Frontières. Côté face, l’actrice, chanteuse, auteure et metteuse en scène Camille Decourtye. C’est elle qui a introduit le cheval dans le spectacle. Leur relation est exceptionnelle.

Avec Falaise, on est dans un rapport au monde où on redécouvre tout tout le temps, où on est dans l’immédiateté, dans l’instant présent avec le public, comme au cirque. Camille Decourtye

Et au-delà de ces deux pièces maîtresses, le spectacle déroule des acrobates et des comédiens formidables. Les moments forts sont sans aucun doute le bal d’une mariée équilibriste au-dessus d’une échelle, la logorrhée drolatique de Blaï Mateu Trias, voire les danses de Camille Decourtye et son cheval.

Falaise est le second volet d’un diptyque. Pas une suite. Le premier volet s’intitulait Là. Dans Falaise, la scène représente un lieu qui est en train de s’effondrer. Une métaphore du temps présent. Dans Là, le noir grignotait le blanc, corbeau aidant. Falaise en est le négatif. Ici le blanc gagne peu à peu du terrain. Plus de corbeau mais un cheval et une variété de pigeons blancs. Une mariée en blanc. Bientôt certains visages. Tous rythment la pièce avec beaucoup de poésie. Ils composent une succession de tableaux jusqu’à la scène finale… avant qu’une fanfare nous emporte vers d’autres horizons.

 

Falaise de Baro d'Evel, aux Halles de Schaerbeek les 5,6 et 7 novembre à 20 h.
Auteurs, metteurs en scène : Camille Decourtye & Blaï Mateu Trias
Scénographie : Luc Castells
Avec Noëmie Bouissou, Camille Decourtye, Claire Lamothe,
Blaï Mateu Trias, Oriol Pla, Julian Sicard, Marti Soler, Guillermo Weickert,
un cheval et des pigeons