Encore une histoire d'amour de Thomas Gunzig

Encore une histoire d’amour de Thomas Gunzig - Mise en scène : David Strosberg avec Anne-Pascale Clairembourg et Alexandre Trocki
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Encore une histoire d’amour de Thomas Gunzig - Mise en scène : David Strosberg avec Anne-Pascale Clairembourg et Alexandre Trocki - © Stef Stessel

Critique. Une mise en scène de David Strosberg.

On les devine d’emblée dans la pénombre : un couple enlacé couché sur le sol à côté d’un lit défait. Un homme et une jeune femme viennent de faire l’amour. Ils semblent épris l’un de l’autre, mais lui devra bientôt partir pour rejoindre sa femme. Avant de se séparer, ils vont parler d’amour, de désir, de fidélité, de jalousie … bref, de tout ce qui peut poser question pour un couple illégitime. Avec pour seul décor le lit trônant au centre du plateau, référence visuelle imaginée par David Strosberg et sa décoratrice, Marie Szernowicz, pour faire bouger les comédiens. Ne peut-on aimer plusieurs personnes en même temps ? L’amour ne pourrait-il pas revêtir des formes différentes ? Et n’est-ce pas la société qui impose en cette matière des schémas normatifs ? Quelle est, dans nos choix amoureux, la part du désir et celle de conventions sociales parfaitement intégrées ?

Ici ni disputes, ni déchirements, ni reproches, tout au plus le regret chez Anne de ne pouvoir vivre sa passion au grand jour : pas de cinéma ni de restaurant pour les amants… Et pour Alex le plaidoyer classique des hommes adultères : le quotidien finit par miner le couple, vive les rendez-vous clandestins! Aux trois quarts de la pièce, Thomas Gunzig s’amuse à retourner la situation et à déstabiliser ses personnages, jusqu’à les mettre parfois en contradiction avec eux-mêmes, à démasquer leurs fragilités. Pour aboutir à une fin ouverte, un brin mélancolique. Bref, tout est compliqué comme il est dit au début du spectacle …

On ne peut s’empêcher de comparer cette création de Thomas Gunzig à la précédente, d’autant plus que la volonté de l’auteur et du metteur en scène était de retravailler avec Alexandre Trocki, seul en scène dans Et avec sa queue il frappe. On retrouve ici l’écriture brillante et imaginative de l’auteur, mais peut-être moins dans les dialogues que dans les récits émaillant la conversation des amants. On n’oubliera pas ce morceau d’anthologie loufoque où Alex s’invente une première relation amoureuse dans une Inde de pacotille, et qui sous une plume moins alerte aurait pu virer à la farce scatologique lourdingue. Mais en même temps ces récits, parfois trop longs, rompent le rythme et déséquilibrent l’ensemble. Gunzig ne serait-il pas d’abord et avant tout un formidable conteur ? A cet égard, Et avec sa queue il frappe était un chef-d’œuvre. Par ailleurs les propos et interrogations sur l’amour, tout sincères et justes qu’ils soient, frôlent souvent le cliché.

On retrouve aussi dans ce nouvel opus l’humour de Gunzig, qui s’accomode de l’émotion ou la désamorce. On retrouve enfin l’immense talent d’Alexandre Trocki, ce comédien capable de vous faire rire et pleurer en l’espace d’une seconde. Face à lui, Anne-Pascale Clairembourg impose sa présence et sa grâce.

 

INFOS PRATIQUES :

Encore une histoire d’amour de Thomas Gunzig

Mise en scène : David Strosberg

Interprétation : Anne-Pascale Clairembourg et Alexandre Trocki

A voir au théâtre Les Tanneurs jusqu’au 14 octobre