Elle(s) Féminin en entrelacs

Elle(s) - Sylvie Landuyt
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Elle(s) - Sylvie Landuyt - © J. Van Belle – WBI

Après Don Juan Addiction, Sylvie Landuyt met en scène Elle(s), un vrai-faux huis clos. Les femmes au cœur de l’œuvre.

Pièce de théâtre, pièce de concert/performance, pièce de femmes, pièce striptease, polar nocturne, pièce sur les femmes, pièce eau de rose, pièce traité de guerre des sexes, pièce boudoir, pièce pamphlet. L’écrivaine, metteure en scène et interprète Sylvie Landuyt (Meilleure auteure/Prix de la critique 2014 en Belgique) crée Elle(s) dans un champ, des genres et des mondes à connotation ultra/féminine. Il y a la mère (Sylvie Landuyt) et la petite fille (Jessica Fanhan, meilleure espoir féminin/Prix de la critique 2014 en Belgique) qui se (nous) raconte des histoires. Elle(s) est la femme et toutes les femmes aux chaussures/Betty Boop rouges, bleues, dorées, pailletées (etc.) dupliquées à l’infini sur le plateau, avec grâce, sensibilité et intégrité. Elle laisse sourdre d’étonnantes résonnances collectives et intimes.

Le simple fait de savoir que c’est le regard d’une femme posé sur les femmes crée des interrogations troubles. S’agit-il de portraits de femmes vus par une femme ? Peut-on penser une œuvre à l’aune seule de la féminité ? S’agit-il d’une pièce féminine fait par une femme ? Sylvie Landuyt veut-elle nous dire que la carence de la représentation des femmes dans les œuvres des hommes est telle qu’elle veut proposer une vision propre, comme une urgence ? La mainmise apparente des hommes sur le destin des femmes depuis des générations procède t-elle d’un pouvoir réel ou d’un pouvoir symbolique ? Il y a aussi dans le contre champ, la question éminemment politique (clichée ?) excédant la part artistique : est-ce plus difficile pour une femme d’être écrivaine, metteure en scène ou interprète (encore aujourd’hui) ? Cette même question nous ferme t-elle plus l’horizon qu’elle ne l’ouvre ? Même si Elle(s) exhume tous les imaginaires normés, limités par la peur pour mieux les tuer, les questions demeurent en suspens, ouvertes dans un abîme de perplexité. Elles nous oppressent. On éprouve un sentiment d’étouffement.

Sylvie Landuyt semble vouloir ouvrir une fenêtre. Son écriture travaille à la manière du rock en roll, sur le riff de la guitare de Rugerro Catania, un incroyable syncrétisme d’archétypes et d’attitudes féminins, délivrés de toutes les saillies moralistes : amoureuse, guerrière, amante, mère, militante, etc. Elle(s) se définit ainsi par collages de séquences disparates qui, pourtant, fusionnent naturellement pour former un tout plastique, entre une vision ouvertement désirante et fantasmagorique (faussement mineure) et une observation réaliste du réel. Cette ambivalence pour mieux chercher de l’utopie culmine dans les instants d’abandon (presque mue) qui vont de pair avec la musique pop et rejoignent l’errance mélancolique au parfum d’irrémédiable : Bang Bang (Nancy Sinatra), Don’t me be misunderstood (Nina Simon), One Word (Kelly Osbourne), etc.

Elle(s) est la pièce de Sylvie Landuyt, une artiste totale, équilibriste indisciplinée qui ne cesse d’ajuster sa vue cherchant l’égalité des regards dans un vrai-faux huis clos. De la pure poésie rock, pour un hommage à double fond à ce que nous sommes et à ce que nous sommes surtout pas, nous les femmes. Alors, pour ré-éclairer notre présent et qui sait, notre futur, on chante.

 

Elle(s) de Sylvie Landuyt (créé du 5 au 26 juillet 2015 aux Doms) du 12 au 23 janvier 2016 au Rideau de Bruxelles