Clara Haskil, prélude et fugue de Serge Kribus

Clara Haskil
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Clara Haskil - © LARA HERBINIA

"En roumain, on ne dit pas jouer mais chanter du piano"

CRITIQUE

On entend siffler le train qui arrive en gare du Midi. Une jeune femme en descend et appelle " Arthur ! ". Et puis plus rien … car c’est dans l’escalier de la gare bruxelloise que Clara Haskil chute en ce mois de décembre 1960. Elle décédera quelques jours plus tard. C’est avec son ami, le violoniste Arthur Grumiaux, qu’elle avait rendez-vous. Elle a alors 65 ans, mais c’est la jeune actrice française Anaïs Marty qui l’incarne d’un bout à l’autre dans la pièce biographique que Serge Kribus lui consacre et qu’il met lui-même en scène. A partir de ce prélude, c’est toute sa vie que la grande pianiste déroule pour nous en un long flash-back, depuis sa naissance en Roumanie en 1895 jusqu’à cette fugue finale.

Clara Haskil … un nom bien connu des mélomanes, mais peu familier du grand public. Et pour cause … cette immense artiste, timide et dévorée par le trac, perpétuellement en proie au doute, s’est toujours tenue éloignée des feux de la rampe. Par ailleurs son caractère franc et entier, son anticonformisme et son esprit rebelle lui ont fermé bien des portes. Même les mécènes et les amis qui l’ont soutenue tout au long de sa vie ont eu parfois du mal à lui faire accepter leur générosité. Sans compter ses souffrances physiques et les longues périodes d’immobilité que lui ont values ses graves problèmes de scoliose. C’est notamment tout cela que nous dévoile le texte de Serge Kribus qui s’attache à faire revivre à la fois la femme et la musicienne, les événements et leur retentissement sur sa sensibilité exacerbée.

Enfant prodige, Clara Haskil parvenait à reproduire au piano un morceau qu’elle n’avait jamais entendu auparavant. Encouragée par les siens, elle étudiera à Vienne et ensuite au conservatoire de Paris où elle subira la froide rigidité d’Alfred Cortot. On rencontrera aussi les amis musiciens qui ont croisé sa route et qui, jusqu’au bout, lui sont restés fidèles : son compatriote Dinu Lipatti trop tôt disparu, Pablo Casals ou Arthur Grumiaux. La vie de Clara Haskil, c’est aussi soixante-cinq ans d’histoire que l’on traverse à ses côtés, et notamment la seconde guerre mondiale, avec toutes les angoisses et les difficultés liées à ses origines juives.

A travers ce monologue sensible et très documenté de Serge Kribus, nous voilà plongés dans l’univers d’une femme exceptionnelle et d’une artiste exigeante qui a tout donné à la musique. Et si les deux heures (ou presque) de spectacle filent sans lasser, c’est aussi grâce à la performance de la comédienne qui, par sa grâce et la diversité de son jeu, réussit à donner vie et substance au personnage de Clara Haskil.

INFOS PRATIQUES

Clara Haskil, prélude et fugue

Texte et mise en scène : Serge Kribus

Interprétation : Anaïs Marty

A voir au Théâtre Blocry à Louvain-La-Neuve jusqu’au 25 novembre