"Circus '68" au Théâtre de Poche : revisiter le joli mois de mai

"Circus 68" au Théâtre de Poche : revisiter le joli mois de mai
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"Circus 68" au Théâtre de Poche : revisiter le joli mois de mai - © Tous droits réservés

De là où nous nous trouvons, les bruits de la foule sont perceptibles : les étudiants épris de liberté qui hurlent des slogans, les commentaires des journalistes, les pavés qui explosent les vitrines des magasins et les policiers qui frappent les manifestants de leur matraque.

Nous ne sommes pourtant pas sur les barricades de Paris en mai 68, mais dans un petit chapiteau à côté du Théâtre de Poche, qui abrite à peine une quarantaine de personnes. Deux comédiens sont sur scène, munis d’un ambitieux désir : faire renaître, à leur manière, les contestations du joli mois de mai. Ils n’ont que leur présence scénique, un accompagnement sonore et quelques accessoires pour accomplir leur tâche. Mais qui a besoin d’hologrammes lorsque deux brosses à poussière suffisent à ramener à la vie Georges Pompidou et ses sourcils
?

Avec "Circus '68", Claude Semal et François Sikivie (mis en scène par Charlie Degotte) revisitent entre dérision, tendresse et espoir une époque qu’ils n’ont vécue que par le petit bout de la lorgnette. L’un avait 9 ans lorsque les manifestations ont éclaté, l’autre 14, et fut dûment chassé des locaux de l’ULB pour cause de "culottes courtes". C’est avec des grands sourires béats qu’ils commencent d’ailleurs la représentation, écoutant sagement avec nous des extraits audio de cette joyeuse époque. Ils restent silencieux, mais cela n’aura qu’un temps.

Car "Circus '68" est un spectacle frénétique où les deux compères multiplient les fonctions et les tâches. Monologues enflammés, danses rocambolesques, jeux de comédie burlesque, reconstitutions dramatiques : tout l’attirail du comédien y passe, y compris celui de la chanson. Accompagnés d’un accordéon et habillés façon vieille France, ils font rimer matraque avec trique, poussant le côté rétro/ringard vers de magnifiques sommets d’hilarité.

Mais si l’esthétique du spectacle fleure bon la naphtaline, c’est une vigoureuse jeunesse qui domine son esprit. Avec facétie et bagout, les deux artistes incarnent tout autant les étudiants et les grévistes que les politiciens et les CRS. Le trait est souvent gros, mais sait se faire subtil, comme dans le portrait de Charles de Gaulle, figure menaçante mais plus complexe qu’il n’y paraît. Dommage que cette nuance soit absente de leur évocation des communistes chinois, représentés caricaturalement avec des yeux plissés et des gestes d’arts martiaux.

Ce regrettable faux pas mis à part, leur reconstitution est plutôt minutieuse : nous parcourons avec eux les dates phares qui ont marqué ces quelques mois de contestation, traçant avec ferveur les enjeux politiques et sociaux qui se sont joués. Il y a de la conviction dans ce spectacle, et une volonté de la communiquer... en nous encourageant notamment à répéter les slogans de l’époque. Ils connaissent leur public : le Théâtre de Poche est une institution réputée pour son positionnement en faveur des luttes sociales.

Derrière l’humour et la nostalgie, il y a une certaine désillusion, celle d’idéaux flétris et de rêves inaboutis. Mai 68 est-il une victoire ou une défaite ? Quels sont aujourd’hui ses acquis ? À ces questions, le spectacle n’a pas de réponses toutes faites, si ce n’est de regarder par l’intermédiaire de ce passé vers le présent : du côté du Parc Maximilien, et de partout où les luttes pour l’égalité et la liberté se jouent.

Informations pratiques

De et avec : Claude Semal et François Sikivie | Mise en scène : Charlie Degotte | Création sonore : Guillaume Istace  | Costumes: Pascale Vervloet
Une coproduction du Théâtre de Poche et du Théâtre du Chien Ecrasé

Du 12 mai au 2 juin sous chapiteau (excepté les 14 - 17 - 21 -26 et 28 mai)
Du 6 au 16 juin 2018 dans la salle (excepté les 10 et 11 juin)