Brillant retour au théâtre pour le chanteur Thomas Mustin/Mustii, magnifique Hamlet !

Thomas Mustin est Hamlet
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Thomas Mustin est Hamlet - © Véronique Vercheval

CRITIQUE

Le miracle, avec Shakespeare, c’est qu’on a beau l’adapter, le triturer, le transformer, on le trahit rarement, tant les thèmes de ses pièces traversent les époques et les lieux, tant la fulgurance de sa poésie touche l’âme humaine universelle. Une preuve nous en est offerte avec le "Hamlet" mis en scène par Emmanuel Dekoninck.

D’emblée la tonalité s’impose : alors que le rideau ne s’est pas encore ouvert, une musique rock nous parvient de la scène. Nous découvrirons bientôt le batteur Fred Malempré et ses complices musiciens dans un coin du plateau. Emmanuel Dekoninck a voulu un spectacle hybride, où la musique et la danse sont intégrées à la narration, mais sans flirter pour autant avec la comédie musicale - faut-il rappeler qu’à l’époque de Shakespeare, les pièces étaient toujours accompagnées de musique - ? Pour atteindre son objectif, encore fallait-il pouvoir compter sur une équipe polyvalente ; aux côtés du batteur professionnel, tous les acteurs se prêtent au jeu avec bonheur et l’on ne s’étonnera pas d’entendre Alain Eloy (le spectre du père) fredonner une chanson de Barbara ou Bénédicte Chabot (Gertrude) esquisser un pas langoureux dans les bras de Fred Nyssen (Claudius).

La meilleure idée du metteur en scène est d’avoir fait appel, pour le rôle d’Hamlet, à Thomas Mustin, alias Mustii. Ce jeune chanteur/compositeur à la voix sensible, proche de David Bowie, a déjà rempli le Cirque Royal  et remporté le trophée de la révélation de l’année aux D6bels Music Awards. Mais ses fans ignorent peut-être que, diplôme d’acteur en poche, Thomas Mustin a déjà campé un autre personnage shakespearien : Benvolio, l’ami de Roméo. Après ses débuts au théâtre, la télévision et le cinéma ont découvert son talent, et il vient de recevoir le Magritte du meilleur espoir masculin. Il incarne ici avec une fraîcheur et une fougue formidables une jeunesse en perte de sens. Rappelé d’urgence à Elseneur suite au décès du roi son père, le prince Hamlet découvre que celui-ci a été assassiné par Claudius qui occupe à présent le trône et a, de plus, épousé sa mère veuve. Comment ne pas se révolter contre un monde où triomphent le crime, le mensonge et le goût morbide du pouvoir ? Où se sont effondrés les repères moraux et les idéaux ? Thomas Mustin habite intensément le plateau de sa présence et de sa voix. Il campe un jeune homme tourmenté, en questionnement, mais bien décidé à agir.

Autre point fort du spectacle : Emmanuel Dekoninck  a opté, dans son adaptation, pour la ligne claire. Voilà donc un "Hamlet" à la narration lisible et dont on suit passionnément le déroulement. Une mise en scène "tambour battant", sans temps mort, dynamisée par les trois modules du décor, en perpétuel mouvement, manipulés par les acteurs eux-mêmes, et qui forment des espaces clos, s’ouvrent et se ferment, offrent leurs parois aux graffitis. Bref, un "Hamlet" à mettre entre toutes les mains, et qui parlera en particulier aux plus jeunes spectateurs.

EN PRATIQUE

"Hamlet" d’après William Shakespeare

Mise en scène et adaptation : Emmanuel Dekoninck

Avec : Bénédicte Chabot, Alain Eloy, Fred Malempré, Gilles Masson, Thomas Mustin, Fred Nyssen, Taïla Onraedt, Gaël Soudron et Jérémie Zagba

A voir au Théâtre Jean Vilar jusqu’au 27 mars, au Wolubilis les 28 et 29 mars, au Centre Culturel de Nivelles les 1er et 2 avril et à la Maison de la Culture Famenne-Ardenne les 4 et 5 avril.